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L'Ombre Sur La Mesure de La Rumeur

chronique d'album
En trois maxis (parus entre 1997 et 1999), La Rumeur s'est cherché une identité collective outrepassant les lieux communs du rap qui, pour (triste) mémoire, se résument en fin de compte à une chicane vocale exprimant un fort désir d'ascension sociale. "You can have Watergate but gimme some bucks and I'll be straight", chantaient les JB's en 1973... Egotrips risibles, formalisme sonore et productions tape-à-l'oreille constituent donc le pain quotidien d'un genre où les bons morceaux passent pour des éclairs de génie. Au royaume des sourds, les durs de l'oreille s'intronisent rois... Et La Rumeur se pose-là, avec ce premier album, comme prétendant au poste, laissé vacant par Suprême NTM ou le Ministère AMER, de fou du roi. Les Inrapuptibles du 78 les Mc's Philippe, Ekoué, Hamé et Mourad, les Dj's Kool M et Soul G ont laissé de côté les pseudonymes débiles, les tics de langue abrutis et le vide infini à ceux qui savent les faire fructifier... pour laisser éclater leur rage. Pour décrire un univers de béton balayé par l'ennui et la mélancolie d'un paradis à jamais perdu Togo, Algérie, Maroc, Guadeloupe. Le son capte la chaleur des néons aussi bien que celui des souks. Élémentaire et efficace. Les voix, monocordes autour du cou, décrivent avec autant de logorrhée monomaniaque que de verve contenue, de rimes riches que pauvres, l'horizon désolé qui s'offre aux yeux qui savent s'ouvrir, aux mémoires qui se déploient. À la recherche d'elle-même, La Rumeur a donc (re)trouvé la simplicité, la rudesse et aussi l'humour pour revenir aux principes fondamentaux du meilleur rap : conter le monde présent, débusquer la fiction nichée au creux du réel.
Teddy Roudaut
MAGIC RPM  #61
article extrait de :
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