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In The Afternoon

archive mag avril 2002
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Il est des pochettes qui annoncent les grands disques. Les coquelicots irradiés par le soleil et battus par la brise qui ornent la superbe pochette du second album de L'Altra en disent long sur l'oeuvre pastorale qu'ils illustrent. En effet, In The Afternoon ressemble à tout sauf à une après-midi de chien. Imaginez le plus impersonnel des groupes chicagoans, découvert un bienheureux jour de juin 1999 sur un prometteur maxi éponyme et auteur un an plus tard de l'indispensable Music Of A Sinking Occasion, au sommet de son art. Lequel consiste à retranscrire en chansons une certaine idée de la beauté éplorée, portée par des voix mixtes en capilotade. Son ouverture idéale, Soft Connection, joli titre programmatique, pose les jalons de ce rêve éveillé, qui dure aussi longtemps qu'une mi-temps perdue à regarder un match de poule de Ligue D s Champions : introduction jazzistique, voix masculine atonale (Joseph Costa) doublée d'un écho féminin au diapason (Lindsay Anderson), etinstrumentation en lambeaux. Dans le genre, difficile de faire plus touchant. Impossible, même. Avec le morceau suivant, Certainty,L'Altra semble payer son tribut à l'héritage de Slint, parangon légendaire du "rock émotionnel". Sauf que le groupe, comme touché par la grâce, fait exploser les fondements de Spiderland. Pour mieux les dépasser. Et les enterrer (enfin). "The wait is over/You break open/Stealing means desire", chante l'incroyable Lindsay, qui sait comme personne, en dehors de son comparse Joseph, suspendre les mots dans son phrasé en déréliction. Mais ce qui fait aussi la supériorité de cet album sur son magnifique prédécesseur, c'est l'ornementation instrumentale qui épouse merveilleusement le répertoire de L'Altra, dont les courbes défient à elles seules l'espacetemps. En s'appropriant notamment les services d'un violoncelliste, d'un accordéoniste et d'une pedal steel échappés du jazz, des guitaristes de Joan Of Arc (Todd Mattei) et de Pulseprogramming (Marc Hellner), et du formidable trompettiste de 33.3 (Joe Grimm) ces deux derniers groupes faisant également partie de la maison Aesthetics , le quartette trascende son décorum, sans jamais verser dans le somptuaire démonstratif ou le tape-à-l'oeil de bas étage. Car le sens de l'économie déployé par Joseph Costa, Lindsay Anderson, Ken Dyber (également tête pensante du label) et Eben English n'a pas trouvé d'équivalent depuis les défunts Codeine ou Bark Psychosis. Ici, les motifs de guitare dessinent des ronds dans l'eau (Traffic), les lignes de basse retroussent les manches (Broken Mouths), les coups de cymbale sont à peine perceptibles (A Delicate Flower), la trompette transmet des ondes cuivrées, les machines marchent au ralenti (Moth In Rain), le piano revient au temps du cinéma en noir et blanc (Broken Mouths) et les chants sont au bord de la rupture (Ways Out). Histoire d'achever en beauté ce disque exceptionnel à plus d'un titre, la formation le ponctue de la plus belle manière qui soit : Goodbye Music, un instrumental indicible. C'est vrai qu'après ça, beaucoup pourraient n'avoir plus que leurs yeux pour pleurer, KO debout devant ce chefd'oeuvre insurpassable. Plus crépusculaire que Bark Psychosis, plus retenu que Codeine, plus envoûtant que Slint, plus mélodieux que Tortoise, plus sensible que Low et plus moderne que Hood, L'Altra est aujourd'hui seul au monde. L'enfer, c'est les autres. Et le paradis, c'est L'Altra.

Franck Vergeade

magazine num 60 article extrait de :
MAGIC RPM #60


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