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KYLIE MINOGUE
X
(Parlophone/Capitol)

“Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort”. Son Freidrich Nietzsche, la petite Kylie le connaît sur le bout de ses ongles nacrés. Alors, une fois la vilaine maladie définitivement vaincue, elle s’est juré de ne plus en faire qu’à sa tête, de s’acoquiner avec qui bon lui semble, de se foutre du qu’en-dira-t-on. Et d’aller piétiner allègrement les plates-bandes de ses congénères pour bien leur montrer qu’elle est enfin de retour. Et qu’on allait voir ce qu’on allait entendre. Elle se sent tellement forte aujourd’hui, l’icône miniature des couvertures en papier glacé, qu’elle peut s’afficher le visage ridiculement grimé, à mi-chemin entre une figurante de Starmania et une cousine provinciale de Ziggy Stardust perdue dans une faille spatio-temporelle. Tiens, c’est d’ailleurs par une glam de fond qu’elle entame bille en tête son diXième album, avec ce 2 Hearts olympien et véhément, malin et vicieux, à faire passer Brett Anderson pour un (Metal) Mickey et composé par un groupe mixte au nom dantesque de Kish Mauve, déjà repéré pour sa reprise tentaculaire du I’m In Love With A German Film Star de The Passions. De passions, il en est beaucoup question ici, comme sur In My Arms, X-plosions de synthés chics et chocs sous les lumières kaléidoscopiques de grosses boules à facettes. Ou sur l’unique The One, improbable collision entre Orchestral Manœuvres In The Dark et le… A Love From Outer Space d’AR Kane ! Car, à ce niveau de similitude mélodique, toute ressemblance avec un air existant ne peut être fortuite. Ce qui, oui, nous replonge tout de go dans les années 80, cette décennie qui a vu l’éclosion de la dame, tout en boucles dorées et sourire niais scotché à des lèvres pas encore pulpeuses. Une époque où l’on ne pouvait pas imaginer qu’elle se métamorphose en prédatrice pop, remuant fermement du popotin sur un sample éhonté de Serge Gainsbourg, Bonnie & Clyde en l’occurrence, comme sur le turbulent Sensitized, plus Renegade Soundwave que MC Solaar. Mais quoi de plus normal après tout pour celle qui s’était imaginée en BB fifties à l’époque de Body Language (2003). Un langage corporel toujours aussi universel lorsque ce petit bout de femme à la plastique fantastique passe à travers les gouttes électroniques de No More Rain, perdue du côté de Saint Etienne, ou côtoie les Stars sur fond de gimmicks robotiques et de guitares réverbérées. Tout serait parfait – nostalgie flattée, coquetterie exquise, hits de poche imparablement contagieux – si la gourmande n’allait pas trop loin en s’offrant dans sa pleine Nu-di-ty, trompe-l’œil r’n’b vulgaire, ou en abusant du vocoder sur un Speakerphone pourtant lancé par un “music makes you lose control” revanchard, comme si elle voulait faire comprendre à une alter ego américaine qu’elle aussi, elle a les rythmes digitales dans la peau. Heureusement, elle retombe sur ses pieds, jouant à nouveau à la vierge effarouchée lorsqu’elle lâche un Wow exubérant, qui redonne des couleurs (fluo) au cliché jauni Holiday. Alors, Madonna pourra toujours déposer une plainte contre X que cela n’y changerait rien : sa seule vraie rivale est de retour. Affûtée et eXcitée.

Christophe Basterra
MAGIC RPM  #115


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