Cette fois-ci, le krautrock - ou rock germanique à tendance instrumentale a de bonnes raisons (géographiques) de ressusciter : Kreidler, quatre musiciens en provenance de Düsseldorf, reprennent les investigations sonores, là où leurs aînés Can et Neu les avaient abandonnées. Sur Riva, leur première production sur cassette (publiée l'année dernière chez Contresens), Kreidler se montrait aussi habile à manier les concepts que les rythmiques hypnotiques. Plutôt que de parler ici d'"infotainement pour pistes de danse" ou de "musique populaire métropolitaine dissidente" (sic), toutes ces leçons apprises chez Kraftwerk et assurément d'inutiles prises de tête, simplifions la pensée kreidlerienne : sur Weekend, il n'est question que de groove décalé, de musiques d'ambiances voluptueuses et de dub léger. On entre chez Kreidler comme dans un édredon moelleux et on en ressort très spaced, à la limite du zen. Comme chez Tortoise, l'évidence rythmique côtoie les collages les plus divers, on a les pieds vissés sur le dance-floor mais la tête dans les nuages, l'esprit un peu perdu dans ces boucles virevoltantes où seul Brian Eno trouverait un sens giratoire. L'auditeur ayant perdu tout sens de l'analyse se contentera de trouver en Kreidler, un abri non négligeable contre la conformité ambiante.