En sommeil depuis près de deux décennies, Kraftwerk n'a jamais été aussi actif et jovial depuis qu'il s'est décidé à conjuguer son propos futuriste au passé, et assumer par là même le fait qu'il n'était plus le groupe froidement novateur qu'il est longtemps demeuré. Étape majeure d'un impressionnant parcours rétrospectif, la tournée menant depuis deux ans ses membres à travers le monde (le tandem Ralf Hütter/Florian Schneider, accompagné des plus novices Fritz Hilpert et Henning Schmitz) se synthétise aujourd'hui en un double album d'une durée de deux heures. Alors que la réédition de la totalité de sa discographie depuis Autobahn (1974) est sans cesse ajournée, la formation annonce de manière tout aussi virtuelle un Dvd jumelé à ce live. Il constituerait sans doute une meilleur affaire, ce best of échafaudé sur scène se signalant avant tout par une dimension visuelle assez valide, au regard du rapport pointu entre arts graphiques et musiques électroniques. Pour l'heure, le support audio ne fait pas forcément pâle figure. Non qu'il faille s'étonner d'un son cristallin retravaillé au maximum à partir d'enregistrements où le hasard et l'accident n'avaient de toute façon pas leur place. Mais il faut reconnaître le bel élan de cette sélection qui, d'un kitsch parfois tenace mais assumé à des versions raffermies de Trans Europe Express, Metal On Metal ou Home Computer, témoigne d'une sempiternelle volonté de maîtrise où les machines ne tournent pas forcément dans le vide, mais s'avèrent encore capable d'habiter la musique qu'elles produisent. Une plutôt bonne surprise.