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The Heart Of The Nightlife de Kisses

chronique d'album


Le monde est en train de devenir cinglé. C'est l'été au mois d'octobre. Il pleut du mercure en Hongrie. Et voilà qu'on expose des pornographes dans les musées français. Non, je vous le dis, rien ne va plus. Et ce n'est pas le premier album de Kisses qui viendra contredire cet état de trouble généralisé. Depuis le début de l'année, ce duo mixte, originaire de Los Angeles, agite la blogosphère où il bat tous les records, à commencer par celui d'être à l'origine de l'album leaké le plus longtemps avant sa sortie officielle (sept mois). Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont amoureux et, en sus, ils viennent de Californie – un État où le soleil fait germer les talents pop modernes comme nulle part ailleurs. Jesse Kivel (lui) n'en est pas à ses premiers faits d'arme puisqu'il officiait déjà au sein de Princeton, excellente formation indie pop à situer entre Jens Lekman et Vampire Weekend (Cocoon Of Love, 2009). Mais voilà, depuis qu'il fricote avec la mignonne Zinzi Edmunson (elle), Jesse semble avoir laissé les douceurs twee de côté. Fini de jouer les chanteurs à la croix de bois, le jeune homme a troqué ses petits Jésus contre un aller simple pour les plaisirs nocturnes du concubinage.



Emboîtant les compositions dans un carénage lubrifié par des beats synthétiques, le chanteur et sa dulcinée ont enfanté une belle collection de bombinettes pour dancefloor entièrement dédiées aux joies de la vie à deux. Avec The Heart Of The Nightlife, nos deux chérubins s'amusent à triturer l'espace-temps pour le remodeler à leur manière. Embrassant tout ce que la synth-pop suédoise a produit de mieux au cours des années 2000, le couple convole d'une côte Ouest à l'autre, de la Cité des Anges à Göteborg, s'imprégnant des effluves baléariques comme de l'eurodance. On ressort le short de New Order pour aller frimer sur les plages d'Ibiza (Bermuda), Alec R. Costandinos et Cerrone se remettent au turbin pour collaborer avec Air France (The Heart Of The Nightlife, Lovers), la pop éthérée de The Radio Dept. se déporte vers des contrées exotiques (On The Move). Mais ces rengaines chaloupées qui sentent bon le Tahiti douche n'ont pas éradiqué pour autant le sentimentalisme de Jesse Kivel, qui atteint son paroxysme sur A Weekend In Brooklyn, où le joli cœur répète langoureusement les mots “I'm talking about you/I'm thinking about you”, avant d'envoyer sa belle minauder avec lui sur une frénésie de clapotements électroniques, de gimmicks synthétiques et de guitares vrillées. Dans le lent délabrement du monde d'aujourd'hui, les élans lascifs de Kisses dictent une nouvelle loi pleine d'éloquence, où le romantisme a rarement été aussi sexy et dansant. La fin du monde est-elle vraiment plus grande que l'amour ?


Sébastien Jenvrin
MAGIC RPM  #147


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