L'un des héritiers de l'écriture la plus classique made in Liverpool et des boiseries folk dans la veine de Fairport Convention ou de Nick Drake reste méconnu, ce qui ne l'empêche pas de graver continuellement des albums entiers de l'autre côté du Channel. Cet artisan anonyme se fait appeler King Creosote et a développé un don certain pour la mélodie, mis au service d'une subtile orchestration sur l'os, parsemée ici ou là de quelques touches électroniques parcimonieuses. À la tête de la structure Fence Records, il publie d'innombrables Cd-R qui compilent ses chansons folktronica, ainsi que celles de ses camarades, James Yorkston And The Athletes ou bien son frère Lone Pigeon, le maboul recalé du Beta Band. Ce stakhanoviste écossais produit une musique garantie sans artifices, comme l'atteste le titre de cet énième album, Rocket D.I.Y., mais qui ne sent jamais le patchouli ni le fromage de chèvre. Un piano (A Month Of Firsts), un banjo (The Someone Else) ou un accordéon (ph 6.5) suscitent l'émotion. Une patine de haut niveau irrigue ses compositions sans âge et tutoie même par moment le génie du regretté Elliott Smith. La voix particulière du baladin nous fait frissonner (Thrills & Spills, pas si éloigné de Motherless Child) et touche à l'âme (le funeste Circle My Demise), King Creosote sait s'y prendre pour livrer sa cargaison annuelle de pop songs bouleversantes et inspirées. Entre Badly Drawn Boy et The Magic Numbers, un autre barbu est touché par la grâce intemporelle de ses compositions magiques.