À tout juste trente
ans, Kim Giani-Duvigneau peut se vanter d’avoir réalisé nombre de ses fantasmes
musicaux. Folk américain, krautrock, reggae, hip hop, ambient, jingles dadas,
tous ont trouvé à s’exprimer sur les innombrables enregistrements (dont seize
albums, tout de même) qui jalonnent son parcours. Sauf que Kim n’est pas du
genre à se pavaner. Kim tente de transmettre au mieux sa passion polycéphale et
bouillonnante, laissant à l’auditeur le soin de faire le tri, de démêler les
nœuds. Comme ses prédécesseurs, Fatal Mambo n’est pas une réussite
intégrale. La pochette est plus laide que drôle, la grosse-caisse sonne souvent
comme un pneu crevé, et l’on passe parfois la frontière de l’exercice de style.
Bien sûr, il ne s’agit pas non plus d’un disque de mambo, mais de pop, folk et
rock 60’s, enregistré en acoustique et en solitaire. Reste que, d’une superbe
surf song maquillée d’accordéon (You Really Are A Woman) à un blues rock
agressif et expédié (Don’t Wanna Give You No More), on n’a jamais le
temps de s’ennuyer. Les monuments de la pop éternelle (The Monkees, Van
Morrison, King Crimson, Neil Young) se relaient pour passer au contrôle
technique, perdant quelques boulons et gagnant en humilité entre les mains de
ce mécano aux méthodes lo-fi. Kim est bordélique et boulimique, mais on ne peut
dignement lui reprocher : est-ce de sa faute si son esprit déborde d’idées
étonnantes, de mélodies accrocheuses, d’arrangements qui font du bien ?
Dans quelques années, il accédera sans nul doute au statut d’icône underground
intouchable. En attendant, il est jeune, fougueux, volubile, et a surtout bien
raison de s’en ficher.