À
force, il fallait bien que ça arrive. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept
ans, c'est une autre affaire lorsqu'on affiche dix-sept albums au compteur. Don Lee Doo est donc le titre choisi par Kim pour son chef-d'œuvre,
l'aboutissement de quinze années de création forcenée. Et si nous n'avons
jamais vraiment mis en doute notre affection pour le Bordelais, ce nouvel Lp
est un appel définitif à l'union, l'occasion d'un pacte à la vie à la mort.
C'est en revenant aux origines du mal que Kim a trouvé la formule alchimique
qu'il cherchait avec tant de ferveur, d'indépendance et d'humilité. Comme
nombre d'enfants nés à la fin des années 70, il a reçu la new-wave comme un
électrochoc, ouvrant son oreille au post-punk, au funk blanc, à la pop
synthétique, avant que les barrières de l'histoire n'implosent face à sa
curiosité. Alors oui, ce disque à pochette fluo s'inscrit parfaitement dans la
tendance actuelle, cette relecture obsessionnelle des 80's dans un contexte de
désintégration technologique de la notion d'underground. Mais il serait absurde
de le rattacher à l'une des quelconques microscènes qui apparaissent, affolent
et s'annulent chaque semaine. Non content de contenir des roquettes disco rock
propres à déprimer tous les Rapture du monde (She's A Lion, Radio
Grady), Kim propage une mélancolique synthétique bouleversante (Europa,
Because Of Sylvie, When The River Turns Around), tout en
maintenant le cap d'un groove aux veines de métronome (Don Lee Doo On Belly
Bay, Girl). Les dix morceaux rivalisent ainsi de subtilité mélodique
et de classe rythmique (toutes les batteries sont jouées, aucune boucle
vicieuse à signaler), portés aux nues par les arrangements de synthé et de
piano, dont les accents asiatiques évoquent parfois l'immense Kyoto Song
de The Cure. À ce niveau d'excellence et d'inventivité, on ne peut que vous
suggérer de courir chez votre disquaire pour participer à l'épuisement immédiat
des stocks de Don Dee Loo. Un geste de salubrité artistique qui ne peut
vous faire que du bien.