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Kill Your Darlings

archive mag octobre 2001
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En France, quantité de disques profitent plus à ceux qui les font qu'à ceux qui les écoutent. Fort de cette constatation, Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, aurait logiquement dû enfoncer les portes ouvertes grâce à son premier album, A Grand Love Story. Car depuis, l'ancien grand manitou du label alternatif Bondage, reconverti malgré lui en ambassadeur french touch, a gagné un statut que beaucoup de producteurs hexagonaux peuvent lui envier. En bon stakhanoviste, il a remixé tout le monde, ou presque, prouvant si besoin était son éclectisme de tous les instants, des Pastels à Pulp, de Saint Etienne à Mogwai, des Regular Fries à Tommy Hools, de Kat Onoma à Departure Lounge... C'est précisément par le truchement de ce dernier groupe un quartette londonien signé sur Bella Union en passe de devenir les Moose des années 2000, et donc, nos petits protégés que le Kid a décidé de rebrousser chemin et de ne pas capitaliser sur un succès qui lui tendait les bras. Cette prise de risques n'est pas sans conséquence puisque c'est déjà une certitude certaines oreilles un peu prudes ne reconnaîtront plus le tenancier des lieux, grand fantasmeur devant l'éternel (voir par exemple la pochette masturbatoire illustrant ce Kill Your Darlings...). Mais qu'importe, car ce nouveau cru compte d'ores et déjà parmi les grands millésimes d'une année de cocagne. En dix chansons on n'a pas écrit "morceaux" , Kid Loco gagne ni plus ni moins que ses galons d'auteur-compositeur, affranchi, ambitieux et modeste. À l'exception du texte d'ouverture et d'une reprise, c'est en effet lui qui signe ici paroles et musiques. L'introduction accueillante de Cocaïne Diana quelques notes d'une guitare acoustique accompagnées d'un piano ourlé place d'entrée le disque sous les meilleurs auspices. "Thank you very much", chante Tim Keegan, la voix de Departure Lounge. C'est plutôt à nous de lui retourner le compliment pour pareille entrée en matière. Ensuite, c'est au tour de Louise Quinn, une Écossaise encore inconnue, de se draper dans les vêtements taillés sur mesure d'une Hope Sandoval (Mazzy Star) qui aurait couché avec Jennifer Charles (Elysian Fields) sous les yeux du monstre du Loch Ness (Lucy's Talking). Puis, Horsetown In Vain l'instrumental le plus lascif de ce début de siècle découvert sur le single avant-coureur The Love And Dope And Etc Dream Suite : tout un programme de la part de ce fumeur lubrique invétéré embarque l'album vers des rives déjà inatteignables pour nombre de ses confrères. Comme l'impeccable Keegan (aucun lien de parenté avec l'ancien sélectionneur de l'équipe d'Angleterre) se taille l'essentiel de la part du lion, c'est à lui que revient l'honneur de poser sa voix sur A Little Bit Of Your Soul, prochain single et ci-devant meilleure chanson de Kill You Darlings et cousin germain d'un Only Love Can Break Your Heart version Saint Etienne interprété par le Primal Scream de la période Screamadelica. Sur la sublime reprise du I Can't Let It Happen To You des Walker Brothers (extrait de leur troisième Lp et écrit par John "Walker" Maus), on pense inévitablement à Moose. On est même pas loin de penser qu'il s'agit du meilleur inédit jamais enregistré par la bande à Kevin J McKillop et Russell Yates. S'ensuit alors une autre douceur, Gypsie Good Time, interprétée par Louise, qui s'est métamorphosée là en une Harriett Wheeler (The Sundays) qui ferait la leçon à Bebel Gilberto. Après quoi, Tim Keegan fait son Iggy Pop sur le furieusement entraînant Here Come The Munchies, à l'écoute duquel quiconque résistera mal à se lancer dans une danse endiablée. Ou, plutôt, un pogo dévastateur. Le second instrumental (Going Round In Circles), en parfaite rampe de lancement, sert à propulser la chanson finale, I Want You, véritable déclaration sexuelle du Kid à l'endroit de sa "darling", chantée par un Keegan plus charnel que jamais. "The only place I wanna be/Is in the arms of my baby". Soit donc le disque idéal pour passer quarante-cinq minutes de rêve avec sa moitié. Qui dit mieux ? Ceux qui aiment prendront le train.

Franck Vergeade

magazine num 55 article extrait de :
MAGIC RPM #55


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