Kid Chocolat est suisse et cultivé. Il a de l'humour aussi... Car si Philippe Pellaud a choisi ce surnom, ce n'est pas pour vanter la qualité de son chocolat national, mais en référence à une bande dessinée de Robert Crumb, l'inégalable croqueur de l'Amérique des années 60, entre cols blancs dépressifs et hippies sous acides. Kid Chocolat est donc ce boxeur cubain qui termine immanquablement KO tous ses combats. Le prototype du loser qu'affectionne Robert Crumb, qui joue par ailleurs de la mandoline et du banjo au sein du groupe Les Primitifs Du Futur au sein duquel il avait déjà utilisé ce sobriquet pour l'un des titres de l'album World Musette. Bref, après Who's Afraid Of Dario Argento, le kid des alpages continue donc à déployer son admiration pour la matière cinématographique dans Life And Death Of Romano Poal. Car le Romano Poal (à prononcer "poil" ?) en question est un compositeur oublié de bande originale. Life And Death Of Romano Poal se présente comme un hommage à l'homme qui collabora en autres avec John Barry, Dudley Moore, Ennio Morricone et même Peter Sellers, un musicien qui se serait fait en outre pomper par tous sans obtenir un seul gramme de reconnaissance en retour. Le pastiche est hénaurme et sur-signifie les aspirations de loser (signé sur Poor Records, c'est dire) d'un Suisse maniant pourtant le sampler comme d'autres les mécanismes, avec la proverbiale précision des maîtres horlogers. Psychédéliques et raffinées, ses constructions sonores alternent dialogues de films imaginaires et boucles rondement sucrées.