Pour mieux disparaître, Keren Ann Zeidel a donc choisi de réapparaître dans la langue de Shakespeare. Ce qui est logique pour cette chanteuse multilingue née à Caesaria, élevée à La Haye et grandie à Paris. D'abord envisagé comme la version anglaise de La Disparation, Not Going Everywhere ne renferme au final que quatre adaptations de chansons déjà connues : Le Sable Mouvant (End Of May), La Disparition (Right Now & Right Here), Surannée (Seventeen) et Mes Pas Dans La Neige (Spanish Song Bird). Mais ce qui marque surtout les esprits, c'est l'affranchissement dont fait preuve la future ex-alter ego de Benjamin Biolay (cosignataire du somptueux inédit countrysant Road Bin) sur ses propres compositions un affranchissement déjà entrevu sur Les Rivières De Janvier, son premier coup de maître en tant qu'auteur-compositeur. Ainsi, le single Sailor & Widow (ré)sonne-t-il tellement comme un classique qu'il semble hérité du répertoire de Suzanne Vega ou, plus lointainement, de Joni Mitchell. Ailleurs, Not Going Anywhere ou By The Cathedral sont de parfaites "chansons folk suicidaires", comme Keren les affectionne tant. Associée sur le titre final à l'inséparable Bardi Johannsson son compère islandais au sein du projet hazlewoodien Lady & Bird , elle justifie pleinement son statut d'Illusionniste. Le lumineux profil signé de la photographe Karen Collins sur la pochette de l'album figure la métamorphose de Keren Ann, désormais aussi accomplie que rayonnante.