Suite logique d'une trilogie inaugurale de haute tenue, Nolita suscite des impressions ambivalentes où la joie des retrouvailles et de la familiarité se mêle d'une certaine lassitude, provoquée par le sentiment de répétition. S'exprimant alternativement dans la langue de Shakespeare et celle de Françoise Hardy, Keren Ann poursuit son exploration intérieure des émois post-adolescents. Incontestablement, elle s'y entend mieux que quiconque pour susurrer avec délicatesse ces ballades évocatrices de la fragilité des sentiments et des petites douleurs du quotidien. Le temps de quelques morceaux, on se laisse, une fois encore, prendre au jeu de l'identification mélancolique. Mais cette introspection amoureuse souvent touchante se déroule, encore et toujours, dans les frontières bien étroites d'un cadre musical qui, lui, paraît un peu figé. Ce vocabulaire folk restreint, ces arpèges identiques égrenés album après album finissent par ressembler à un cocon sonore, presque trop confortable et rassurant, et qui enferme encore davantage Keren Ann dans cette caricature réductrice de grande soeur hippie chic, à la déprime un peu gnangnan. Il manque à ces chansons un petit souffle d'inattendu, un arrangement neuf, une prise de risque musicale, même infime, ou peut-être simplement une collaboration inédite, qui viendrait rompre le ronronnement désormais trop prévisible d'une artiste en mal de renouvellement.