Alors qu'il met un point d'honneur, parfois très ostensible, à se renouveler d'album en album, Katerine semble avoir trouvé dans la composition pour le cinéma un terrain qui, au contraire, l'engage presque naturellement à l'exploration de nouvelles voies. Si le chanteur à l'apparence faussement dilettante a laissé passer près de trois ans entre son double Les Créatures/L'Homme À Trois Mains et 8ème Ciel, paru l'année passée (ses multiples collaborations n'y sont pas pour rien), il vient d'aligner trois BO en autant de temps. Laissons Lucie Faire, oubliable fiction avec Marie Gillain, a précédé Nom De Code Sacha, un moyen-métrage de Thierry Jousse, et aujourd'hui Un Homme, Un Vrai, une love story incroyablement versatile et inspirée qu'interprètent Mathieu Amalric et Hélène Fillières.
Katerine, en empathie manifeste avec cette romance à tiroirs et soubresauts réalisée par les frères Larrieu, livre un disque tout aussi protéiforme et engageant. On est surpris et charmé par cet art de l'alternance que le chanteur manifeste ici. D'une part, il prend un plaisir certain à alterner des plages excentriques, chantées par lui, à d'autres, exécutées par Mathieu Amalric. Le mimétisme de leur timbre respectif, loin de l'exercice gratuit pour comédien en mal de sensations, crée d'intrigants effets de doubles. D'autre part, l'homme à qui l'on doit le mémorable Je Vous Emmerde montre qu'il peut aussi livrer de petites séquences instrumentales, émouvantes et aucunement parodiques, qui provoquent un remarquable mouvement de balancier sur toute la (courte) longueur du disque. Après le 8ème Ciel, Katerine a sans conteste trouvé une seconde voie.