Cette robotique-là, funky et extravertie, n’est pas vraiment
identique à celle promulguée par Bertrand Burgalat juste avant la trêve
estivale. Mais elle pourrait relever d’un même principe d’inquiétude, malgré
une loufoquerie et un grotesque plus agressifs que jamais. Philippe Katerine
s’inclut sûrement parmi ses robots. En compositeur attiré et épanoui par les
sonorités synthétiques (on peut travailler à la maison et le coût est moindre)
ou en chanteur flippé par un sentiment d’instrumentalisation fort mécanique
(disque, tournée, beuverie, disque, tournée, beuverie…), d’où ne semble se
dégager aucun horizon radieux (commercial, affectif…) ? Car il aura beau
travailler une electro mongoloïde, échafaudée en solitaire, puis fignolée par
Renaud Létang et Gonzales, comme pour associer Martin Rev à Dorothée (Allô,
Allô Monsieur L’Ordinateur, même lui s’en souvient), le Vendéen délivre
avec cet album malade l’image d’un auteur dont les tourments s’avèrent
particulièrement violents. Son usage d’un humour régressif ou émouvant prend
davantage les allures des jappements d’un type aux yeux exorbités, dont on ne
veut absolument pas croiser le regard dans le métro. Katerine tente peut-être
de venir à bout de ses peurs avec ses moyens de chanteur gauche et
amusant : diarrhée verbale, infantilisme ou impudeur plus réfléchie.
Réunis, ils finissent souvent par donner de l’ampleur à son écriture, comme ce
fut le cas avec son film Peau De Cochon, sorti en début d’année.
Il y a bien quelques répétitions, et le concept tourne parfois dans le vide,
mais il faut accepter que la scorie soit partie intégrante d’une entreprise
aussi accidentée, et beaucoup moins frivole qu’on ne le pense.