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Philippe Katerine de Katerine

chronique d'album
Avec le succès inattendu de l’anxiogène Robots Après Tout (2005), Katerine est passé du statut d’outsider génial à celui de personnage médiatique catapulté dans les émissions de télé vulgaire, mais aussi sur les pistes de danse (contemporaine) et les plateaux de cinéma. Sans oublier, comble de l’ironie, qu’une marque de fromage industrielle a racheté son 100% VIP, un titre qui, soit dit en passant, garde toute sa pertinence vacharde à l’ère bêtement bling-bling dans laquelle on patauge encore. Ce que l’on sait depuis toujours chez Katerine, c’est que chacun de ses albums est un miroir à peine déformant tendu aux obsessions de son auteur comme à notre société. L’humour parfois très noir, la tendresse, l’autodérision, l’impudeur, la régression et un sens de l’observation hors du commun sont autant d’éléments jetés sur disque ou en concert avec une sincérité désarmante. “Je m’éloigne autant que je m’approche”

Ces quelques mots enregistrés en ouverture lo-fi et répétés comme une comptine pour enfants annoncent la profonde ambivalence qui est à l’œuvre dans le nouvel opus du trublion de la chanson d’ici. Philippe Katerine, dont on sait déjà que la pochette superbement banale le représentant avec ses parents restera dans les annales, comprend pas moins de vingt-quatre titres qui s’enchaînent les uns aux autres, telle une écriture automatique et surréaliste jouant sur les oppositions (Bien Mal, Juifs Arabes, Morts-Vivants). On y retrouve autant les jeux verbaux de l’enfance que des interrogations nettement plus adultes et politiques. Derrière l’opacité de Bla Bla Bla et sa série d’onomatopées, il y a toute une joie de vivre qui se résume dans la seule phrase intelligible du morceau : “Tu parles/Tu meurs/Tu parles plus”. De même, sur Les Derniers Seront Toujours Les Premiers, avec en tout et pour tout les lettres de l’alphabet récitées à l’endroit et à l’envers, Katerine fustige ingénument l’esprit de compétition qui nous est inculqué dès notre plus jeune âge. Entouré de nouveaux partenaires comme l’irrésistible Grégory Czerkinsky (batterie) des kitschissimes Mikado, Sébastien Moreau (basse) et Philippe Eveno (guitare) qui l’a accompagné dans sa précédente tournée marathon, Katerine revient à ses premières amours d’une pop à guitares, délestée de tout effet synthétique.

Si les textes reposent sur peu de mots et les mélodies sont jouées avec une belle retenue, le résultat n’en demeure pas moins incroyablement marquant. On fredonne alors à n’importe quelle heure de la journée “Je suis la reine d’Angleterre et je vous chie à la raie” (La Reine d’Angleterre), on se souvient avec nostalgie de notre attachement aux disques vinyles (Ma Vieille Chaîne), on se retrouve la gorge serrée après l’énumération d’une longue liste d’artistes essentiels qui nous accompagnerons toujours (Morts-Vivants), et enfin on rêve de tout plaquer et de vivre dans le plus simple appareil (La Banane). Avec la participation de ses parents, de sa fille Edie et de sa compagne d’alors Jeanne Balibar sur un J’Aime Tes Fesses qui fait certainement écho au Love On The Beat de Gainsbourg, Philippe Katerine se situe donc à l’opposé du pamphlet nombriliste et renoue même avec une certaine vision positive de la famille. Notre homme nous avait transmis son inquiétude quant au devenir robot qui nous guette tous. Il nous revient aujourd’hui plus humain que jamais.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #145


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