Cet album
inattendu en forme de parenthèse discographique constitue une véritable aubaine
pour les nostalgiques de l’interprète Katerine, période Mes Mauvaises Fréquentations (1996). D’ailleurs, cette relecture
avec le saxophoniste quimpérois Alban Darche vous rappellera inévitablement
l’orientation jazzystique des albums enregistrés avec The Recyclers, Les Créatures (1999) et 8ème Ciel (2002). Ici, Darche
et ses treize musiciens, rassemblés sous l’enseigne géométrique Le Gros Cube,
revisitent librement des chansons emblématiques du chantre vendéen, telles Où Je Vais La Nuit, Le Jardin Anglais ou l’intemporelle Copenhague, merveille absolue. Si l’exercice de style n’est pas non
plus sans rappeler la bande originale du film Nom De Code : Sacha (2002), où le musicien-acteur donnait déjà
à réentendre Le Jardin Botanique avec
Noël Akchoté et Quentin Rollet, Le Pax
traduit une liberté formelle du répertoire de Katerine, qui s’acclimate autant
des digressions d’instruments à vent que des notes d’une guitare classique. Le
disque adopte donc une double perspective, proposant à la fois des morceaux
chantés – puissamment mais non moins subtilement orchestrées par le big band
d’Alban Darche – et des titres instrumentaux (Murmures, Lost In Copenhagen,
Compilation Jazzistique) réarrangés
façon free jazz par Geoffroy Tamisier, l’autre pilier du Gros Cube. Pour celui
qui suit de loin la carrière de Katerine, cet album à part entière peut sembler
sorti de nulle part, entre un spectacle de danse déjanté et un cadeau de Noël
original. Au contraire, cet enregistrement, publié pour le remarquable label
nantais de jazz alternatif Yolk Records, tombe à point nommé pour confirmer que
le travail de Katerine, s’il est spontané, prolifique et souvent surprenant,
n’est ni aléatoire ni syncrétique. La discographie de Katerine trouve
précisément sa cohérence à partir d’une succession de rencontres artistiques.
Humains après tout.