Biographie
Nancy, à l’orée des années 80 : il ne devait guère faire beau temps quand l’infirmier psychiatrique Spatsz rencontre la brûlante chanteuse d’origine argentine Mona Soyoc. Ces Elli et Jacno de noir vêtus forment un duo : elle chantera en anglais et jouera de la guitare et du piano, il fera ce que la technologie balbutiante des synthétiseurs et des boîtes à rythmes lui permettra. En plein after punk, les propos revendicateurs couverts par le bourdonnement des larsens ont été remplacés par un nihilisme individualiste que laisse à peine percevoir le vrombissement des machines. D’autres tandems mythiques aux configurations scéniques semblables émergent en même temps : Soft Cell de l’autre côté de la Manche et D.A.F. en Allemagne. Mais la bande-son répétitive de Kas Product doit autant au Alan Vega en rémission de Suicide, période Jukebox Babe, qu’au tandem kamikaze Bashung/Gainsbourg de Play Blessures. L’époque est loin d’être à la rigolade : Mona feule et fait sa diva sur les trames répétitives de Spatsz que viennent percer des riffs desséchés. Les deux premières traces discographiques du groupe sur des labels underground de Nancy éclaboussent d’un sang neuf la scène française quelque peu anesthésiée, Marquis De Sade et Taxi Girl mis à part. Mais c’est RCA qui signe ses petits-enfants de Kraftwerk, Metal Urbain et Eddy Cochran. Le premier album Try Out voit le jour en 1981, garni d’hymnes sauvages : le chancelant Never Come Back, le félin Pussy X et le furieux So Young But So Cold, qui a donné son titre à l’admirable et récente compilation de Tigersushi retraçant les expérimentations de la scène française de cette sombre époque. Les divagations vocales de la dame et le vacarme rythmé du monsieur composent une musique insolite, unique, entre blues primitif, cold-wave acide et rock électronique. Le succès d’estime aidant, grâce à d’élogieuses critiques et une tournée française bien reçue, les deux compagnons s’envolent pour New York enregistrer By Pass. Sous une pochette colorée, Kas Product s’amuse à démonter son univers pour mieux se le réapproprier. Le son plus étoffé de ce deuxième Lp reprend les bases de cette boîte à musique teigneuse. T.M.T. est un décalque de Never Come Back. Le timbre séduisant de Soyoc copie celui des prime donne punk, Siouxsie Sioux en tête, sur des morceaux plus apaisés. La tête chercheuse Gérard N’Guyen produira ces deux disques, lui qui met en branle quelques années plus tard son label culte Les Disques Du Soleil Et De L’Acier, l’intitulé inspiré de Mishima. Le duo nancéien publiera ensuite Ego Eye en 1984 avant un essoufflement créatif et marquera les jeunes électroniciens français en devenir, tels Arnaud Rebotini (alias, entre autres, Zend Avesta, qui fera appel à Mona Soyoc sur son album Organique, en 2000), David Carretta ou Michel D’Amato (The Hacker). Après plusieurs années de disette discographique, à peine contestée par des collaborations ponctuelles ici ou là, il était grand temps de présenter aux enfants de l’electroclash leurs parents les plus vibrants.
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