Le groupe énigmatique du mois et sans doute le plus attachant sort un premier album éponyme, que l'on pourrait rapprocher de Codeine et de Fugazi, sur le label de John Loder. De Codeine, on retrouve la pesanteur des accords sans l'autocomplaisance de ces derniers ; et de Fugazi, une tension sous-jacente, une voix à fleur de peau sans les déraillements furieux de ceux-ci. Mais les réduire à ces deux groupes seraient les déservir, tant leur sens de la mélodie est subtil et la structure de leurs morceaux fine. Allant d'un morceau slow-core comme Every Sister dont les paroles nous touchent directement au coeur, à celui plus proche d'un émo-core tel Bad Tattoo , Karate montre une certaine fascination pour la force apprivoisée d'un art martial sublimé. Leur musique cherche à se rapprocher de la beauté froide de la maîtrise de soi. Contrôler ses actes, voire ses pensées restant bien souvent dans le domaine de l'inimaginable. De même, il est poignant de voir toute la retenue qui empêche la voix de hurler vraiment, ne pouvant simplement que crier en s'excusant presque. Neuf titres comme autant de métaphores sur les relations humaines déchirantes joués le plus près possible du coeur, avec toute la tension dont est capable le hardcore. Surtout lorsqu'il devient, comme ici, intelligent et émotionnel.