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A Cross The Universe de Justice

chronique d'album
La sortie de et son spectaculaire succès ont amené les frères ennemis de Justice à partir en tournée Around The World, dix-huit mois durant. Le film A Cross The Universe, en hommage aux Beatles, mais peut-être aussi à Laibach, montre la contagion totalitaire de cette techno pour kids qui rend hystérique les bibendums stéroïdés et les midinettes. Partis évangéliser les foules, Xavier et Gaspard portent leur croix de New York à Los Angeles, mais cette tournée américaine devient vite l’occasion de toutes les dérives.

La caméra de Romain Gavras s’attarde sur les SDF, les fumeurs de crack, les marginaux de tout poil (dont un travesti sosie de So-Me, le coréalisateur du film à l’origine de l’imagerie heavy metal du groupe), tous les laissés-pour-compte du rêve américain. À l’opposé, la jeunesse blanche propre sur elle qui se masse aux concerts des croisés français semble bien écervelée. Xavier tente d’ailleurs d’immoler l’une de ses fidèles, dans un rituel rock’n’roll déjà usité par les dinosaures des années 70, les Rolling Stones ou Led Zeppelin, mais qui prend ici un sens critique tout différent.

Tout comme Bouchon, le tour manager du duo, fasciné par les armes à feu, et qui joue un rôle à part entière dans cet objet hybride. Même si l’on n’en apprendra pas plus sur Justice, le film de Gavras et So-Me, à la fois stylisé et brut de fonderie, scénarisé et documentaire, offre un point de vue et un commentaire en creux sur les dérives de la société américaine. Une manière de susciter le débat dans un cadre trash, à mille lieues de l’entertainment à tout crin prôné par l’écurie Ed Banger.
Alexandre Cognard
MAGIC RPM  #125


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