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Portrait Rob Gretton (HS 24 Hour Party People/Factory Records - octobre 2005) de Joy Division

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Il n’a jamais eu la personnalité extravertie de Tony Wilson. Il n’a jamais cherché à se mettre avant, préférant œuvrer dans l’ombre. Pourtant, et nombre de proches de Factory le reconnaissent sans problème, il est certainement l’un des rouages essentiels de cette épopée particulière. Rob Gretton, lunette cerclée et barbe inamovible, est un mélomane acharné, mais avant les premiers coups de gueule du punk, il n’écoute que de la soul et de la northern soul. En 1976, il est au chômage et se lie d’amitiés avec Slaughter & The Dogs, une formation mancunienne obnubilée par les riffs glam rock.

Il s’occupe brièvement de The Panik, officie également comme Dj à l’Electric Circus et au Rafters. C’est là qu’il voit pour la première fois sur scène les dénommés Warsaw. La seconde fois, ils se sont rebaptisés Joy Division : Gretton pense qu’il s’agit du meilleur groupe qu’il ait jamais entendu. En mai 1978, il s’offre comme manager… Le quatuor accepte. L’homme devient actionnaire de Factory en octobre 1979. Il faut dire que la jeune structure lui doit une fière chandelle lorsqu’il prend lui-même la décision de sortir, quelques mois auparavant, le premier album de son groupe sur le label plutôt que de succomber à l’appel de WEA.

“Pourquoi aller à Londres si l’on peut rester à Manchester”
, était le principal argument de cet idéaliste maladivement attaché à l’éthique punk et à sa ville. Il joue souvent le rôle de directeur artistique : il conseille à Wilson d’aller voir A Certain Ratio sur scène, amène Section 25 puis The Wake. Il est aussi un manager hors norme, qui a trouvé le nom si controversé au départ de New Order et eu l’idée de “recruter” Gillian Gilbert aux claviers et à la guitare. “Il symbolise l’attitude du groupe”, dit à son sujet Neil Tennant, le chanteur des Pet Shop Boys, dans l’excellent documentaire Neworderstory. “Le rôle d’un manager est en général de tout arranger pour faciliter la vie de l’artiste. Le rôle de Rob Gretton, c’est de compliquer les choses, de les rendre plus difficiles pour s’assurer qu’ils restent fidèles à leurs idéaux originels”.

On n’oublie trop souvent qu’il est aussi le principal instigateur de la Haçienda. “Rob était un vrai visionnaire”, a un jour confié Jeremy Kerr, le bassiste d’ACR. Il croit en la dance music dès le début des années 80. Et quand à la fin de cette même décennie, il se heurte à l’incompréhension de Tony Wilson face à la house music (malgré la propension de ce dernier à traîner dans les raves), il décide de lancer en janvier 1990 son propre label, Rob’s Records, qu’il gère bien évidemment de façon anarchique et à grand renfort de coups de cœur. Il croit en trois gamins de Manchester, Sub Sub, qui lui offre un hit Ain’t No Love (Ain’t No Use). Il recueille A Certain Ratio après leur renvoi de la major A&M et découvre Mr Scruff. Il assiste impuissant à l’effondrement de Factory, qu’il chérissait tellement que jamais il n’a donné suite aux diverses offres reçues pour New Order, tout en étant conscient du manque à gagner. Mais… “Nous étions tous copains”. Pour lui, il n’existe pas de meilleurs arguments.

Alors qu’on pense la séparation de son groupe définitive, après le concert de Reading en août 1993 achevé dans l’acrimonie et les conflits d’ego, il relance l’histoire en réunissant tout ce beau monde en janvier 1998 pour une série de concerts événements d’abord puis le projet d’un nouvel album. Malheureusement, victime d’une crise cardiaque le 15 mai 1999, il n’est pas là pour assister au retour discographique triomphal des Fab Four mancuniens deux ans plus tard. “Il était plus un homme d’action que de mots”, nous confiait Jimi Goodwin, ex-Sub Sub et actuel Doves en début d’année. “Il n’était pas du genre à se mettre en avant… Il n’était pas très expansif, il fallait du temps pour bien le connaître. Mais une fois qu’il avait donné sa parole, il ne la reprenait jamais”.

Christophe Basterra


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