A Lire

Les Boucles Sauvages

archive mag mars 2008
Soyez le premier à réagir

En anglais ou en français, Jours déploie avec prudence, du bout des lèvres, une énergie subtilement désespérée. Les chansons sont plus soyeuses que sombres, et les basses pèsent doucement sur nos nuques. Les instruments restent sur la réserve, délicats, inquiétants et baudelairiens. Et il y a dans la voix de Clara Le Picard de multiples fêlures. Mais elle porte aussi en elle toute la force de ceux qui ont toutes sortes de cordes à leur arc. Clara est actrice, écrivain, scénographe. Elle a devant les yeux, en permanence, les différents points de vue que lui confèrent ses diverses activités. Le mixage de l’album place le chant au creux de l’oreille, il devient la voix intérieure qui, tapie dans l’inconscient, attend l’heure du rêve, la perte du contrôle, la fin de l’intellect rationnel. Clara change d’identité, elle joue avec son timbre, ses intentions, elle est tour à tour infante transparente, petite fille perturbée, ou adolescente fragile et fatale… Et quand Frédéric Nevchehirlian la rejoint au micro, l’espace minuscule entre le texte et nous s’ouvre comme une brèche. Il y est question d’animaux à apprivoiser, de maison trop propre et bien rangée, de héros démodés, d’un rapport aigre-doux à l’autre qui laisse un arrière-goût de manque. Cette pudeur des moyens fait tonner le silence, déteindre la solitude et trembler de frustration. Alors, quand tout éclate – la violence des guitares, la colère de la ligne de chant, la gravité de la batterie –, nous sommes comme désarmés. On regarde une frêle jeune fille boxer avec une rage surhumaine ses agresseurs imaginaires, dans l’air tout autour. On observe par la fenêtre le voisin du septième étage parler tout seul, tous les soirs depuis des années. À chaque fois, une certaine distance nous met à l’abri, en nous permettant d’être le simple observateur de ces failles : à travers, on aperçoit un univers qui n’existe pas. À moins que ? À moins qu’un supplément de sensibilité et d’humanité ne nous pousse à chavirer.

Marie Daubert

magazine num 119 article extrait de :
MAGIC RPM #119


Commentaires


Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire