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Because Her Beauty Is Raw And Wild /¿A Qué Venimos Sino A Caer?

archive mag juillet 2008
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Étoile filante que l’on peut apercevoir régulièrement sur scène et plus épisodiquement sur disque, Jonathan Richman est l’une des plus belles anomalies de l’histoire du rock. Ouvert sur le monde mais imperméable aux modes, l’Américain polyglotte suit obstinément son chemin singulier, célébration permanente des joies et peines de la vie. La sortie concomitante de son nouvel album (le premier depuis 2004) et d’une compilation trilingue est le parfait reflet d’une œuvre humaniste et ensoleillée. Éditée en France par A.P.C. (qui habille donc aussi les chaînes hi-fi), ¿A Qué Venimos Sino A Caer? regroupe une douzaine de chansons en espagnol, français et italien – la plupart issues des derniers Lp’s de Jojo, certaines inédites. Cette promenade est un enchantement permanent, zigzag gracieux entre bossa, folk aérien doré au soleil espagnol, envolées festives et roucoulades romantiques. Une ballade des gens heureux qui est à la fois l’hommage émouvant d’un Américain à une Europe fantasmée et la trace d’un amour infini pour les gens, les rencontres, les atmosphères et les cultures.

Fidèle à cet esprit, Because Her Beauty Is Raw And Wild est une nouvelle pierre (précieuse) apportée à l’édifice. Enregistré essentiellement en acoustique et en duo avec le fidèle batteur Tommy Larkins, l’album est à ranger parmi les meilleurs de Jonathan Richman. Avec une économie de moyens et une sobriété admirables, notre troubadour décline des mélodies simples, chaleureuses, portées par son chant d’un autre temps, un jeu de guitare virtuose et des paroles toujours aussi personnelles. Ainsi, cette ode chaloupée à la souffrance: “When we refuse to suffer, when we refuse to feel, your life becomes so boring and you’re suffering even more/When we refuse to suffer, when we refuse to feel, that’s when the Prozac wins and your body and feelings lose”. Après avoir chanté son amour de Picasso ou Van Gogh, Jojo se fend d’un endiablé No One Was Like Vermeer. Plus inhabituelle est la présence d’une reprise de taille, la sublime Here It Is de Leonard Cohen, passée au tamis d’une rythmique sèche et d’une guitare en liberté. Affleure enfin sur ce nouvel album l’idée qu’une chanson n’est jamais vraiment terminée et continue sa vie indéfiniment (excellente relecture du Old World des Modern Lovers), voire mène deux vie parallèles : When You Refuse To Suffer est ainsi présente dans deux versions très différentes, l’une gentiment acoustique et l’autre farouchement électrique, rêche et revêche. Une façon élégante de refuser le ronron d’une formule éprouvée, de pousser dans ses derniers retranchements un art de l’épure, une tension vers la simplicité qui est la marque des plus grands.

Vincent Théval

magazine num 122 article extrait de :
MAGIC RPM #122


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