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Portrait 2006 de Johnny Cash

interviews


Le rock’n’roll fit de lui une star de la… country, mais Johnny Cash s’est toujours montré désireux de chanter du Gospel. Il n’eut pas de souci à entretenir dans le même temps sa toxicomanie afin de nourrir un feu intérieur devenu la condition de son désir d’avancer, pour faire de lui l’un des plus grands conteurs de l’Amérique de la deuxième moitié du XXe siècle. Ce genre de statut permet l’immortalité. Son intense présence à l’image, levier d’une carrière ponctuelle de comédien au cinéma et de présentateur à la télévision, explique aussi cette floraison de Dvd’s au cours des mois précédents. Elle légitime la réalisation de Walk The Line par le lourdaud James Mangold (Cop Land avec Sylvester Stallone ou Une Vie Volée avec Angelina Jolie) et l’autoconvaincu Joaquim Phoenix dans le rôle du chanteur, un projet très raisonnable dans son choix de s’arrêter au concert donné à la prison de Folsom en 1968. En 2006, il faut reconnaître au défunt chanteur sa capacité à incarner les facettes les plus opposées du paysage musical actuel. La vaine acoustique et vulnérable exhumée tout au long du double Cd Personal File, une collection d’enregistrements privés réalisés chez lui à partir de 1973 pour paraître au printemps dernier, arpente le versant fragile et reclus du folk contemporain. La volonté de son épouse June de le sauver de ses démons se substitue au syndrome toujours vivace de l’infirmière. L’humiliante éviction de Columbia au milieu des années 1980, un label dont Cash avait pourtant assuré la notoriété et le profit tout au long des décennies 60 et 70, est susceptible de parler à n’importe quel musicien un peu aguerri, quand les membres de Metallica, eux aussi proclamés hommes en noir, n’hésitent pas à donner un concert en prison pour le clip de St. Anger, alors que le live At San Quentin (1969) connaît un nouveau toilettage, images et morceaux inédits à l’appui. Le phénomène devrait aussi se produire en marge de American V, l’ultime volet de la collaboration avec Rick Rubin conçu au moment de la disparition du songwriter à l’automne 2003. Aujourd’hui, les morceaux prévus ne figurent pas tous sur le disque (Cash envisageait d’inclure une nouvelle version de Belshazzar enregistré une première fois pour Sam Phillips), ce qui ménage une place pour un deuxième tome du coffret de prises alternatives Unearthed (2003). Et s’il est difficile de prouver qu’il continue à vendre plus d’habits noirs que Hedi Slimane (les amphétamines rendaient le chanteur très saillant), on peut gager que 2007 ne se fera pas non sans Johnny Cash.
Julien Welter
MAGIC RPM  #106


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