L’expression pompeuse de “biographie non-autorisée” ne tient
pas à des révélations croustillantes ou à une nouvelle approche de la vie de
Johnny Cash mais plutôt à la rareté dans ce documentaire consternant d’images
de l’homme en noir et à l’absence quasi totale de ses chansons. Les choses sont
claires : ce qui n’a pas été autorisé ici, ce sont les documents de première
main. Pas d’argent, pas de documents. Ainsi le film est-il entièrement
construit sur des photos filmées, quelques images de la ville natale de Cash
tournées aujourd’hui et de plans purement illustratifs. C’est le côté
“reportage à Groland” du film, involontairement hilarant : à chaque fois qu’il
est question des champs de coton, on voit le même plan de champs de coton en
noir et blanc. Dès que le commentaire évoque la maison d’enfance, on voit le
même plan de la maison d’enfance. On peut ainsi revoir trois, quatre, cinq fois
la même image dans le film. Les auteurs auraient peut-être pu s’en sortir avec
une narration soutenue et inventive. Mais non, tout cela est ronflant, ennuyeux
et très déséquilibré (les trente “dernières” années de la vie de Cash sont
expédiées en quelques minutes !). Il n’y a rien ici que nous n’ayons vu
brillamment incarné dans le film de James Mangold, Walk The Line. Ce piètre exercice entérine à son corps défendant le
primat de la fiction sur le documentaire quand il s’agit de tracer la ligne de
vie d’un artiste mythique. Il y a plus de Johnny Cash dans le sourcil gauche du
grand Joaquin Phoenix que dans les soixante minutes de ce diaporama inepte.