Finalement non,
on n’a pas fait le tour de la question. Heureusement, deux bons documentaristes
se chargent de nous le rappeler, avec un film qui éclaire autant qu’il densifie
le personnage de Johnny Cash. Très documenté et parfaitement découpé, Johnny’s Cash America suit le fil
complexe d’une vie obstinée et généreuse, opérant de constants allers-retours
entre la biographie de Johnny Cash et ses chansons, replaçant patiemment les
choses dans un contexte historique, politique sociétal. Sans jamais perdre de
vue le cœur de son sujet : la musique. On a beau connaître l’histoire, le
documentaire est passionnant de bout en bout, notamment grâce à quantité de
documents incroyables, issus d’émissions de télévisions, d’archives,
d’interviews variées et souvent pertinentes. On se régale des images rares du
colosse en compagnie de Bob Dylan ou sur scène imitant le déhanchement d’Elvis,
des aperçus (trop courts) de son Johnny Cash Show où il accueillit à partir de
l’été 69 le jeune Neil Young, Joni Michell ou Steve Wonder. En arrière-plan,
c’est aussi l’histoire des Etats-Unis que l’on relit ici : ainsi ces
images de Johnny Cash revenant en 1964 dans sa maison d’enfance, installée sur
un bout de terrain offert par l’Etat dans le cadre du New Deal au tout début
des années 30, et brièvement abandonnée en 1937, devant la grande crue du Mississipi (Johnny tirera des
récits de son père la chanson Five Feet
High And Rising).
On saisit bien ce lien privilégié à la terre, à l’Amérique profonde et rurale qui irriguera toute l’œuvre de l’homme en noir, dans sa musique comme dans ses paroles. Le film insiste sur cette connexion parfaite et unique entre Johnny Cash et son pays, dont il saisira le pouls plus d’une fois. Dans les années 60, il fait naturellement le lien entre la lutte pour les droits civiques, le combat abolitionniste et la mémoire saccagée du peuple Indien (la chanson Big Foot sur le massacre de Wounded Knee de 1890, et l’album Bitter Tears). Les aspects les moins avenants (pour nous) du personnage ne sont pas éludés, notamment un patriotisme exacerbé, dont on comprend qu’il a plus à voir avec une passion pour l’histoire de son pays, ses valeurs fondatrices qu’avec un quelconque nationalisme (le discours qu’il prononce à l’occasion du 200ème anniversaire du drapeau américain est spectaculaire). En 1991, Cash sera l’une des rares voix à s’élever contre la première guerre en Irak. Après une décennie 80 marquée par la désaffection du grand public, les fameux enregistrements avec Rick Rubin sont une renaissance mais aussi une façon pour le vieil homme de toucher la nouvelle génération. Les images de cet homme au charisme magnétique diminué par l’âge et la maladie sont puissantes, et la vidéo réalisée pour Hurt en 2003 est un bouleversant adieu au monde.
On saisit bien ce lien privilégié à la terre, à l’Amérique profonde et rurale qui irriguera toute l’œuvre de l’homme en noir, dans sa musique comme dans ses paroles. Le film insiste sur cette connexion parfaite et unique entre Johnny Cash et son pays, dont il saisira le pouls plus d’une fois. Dans les années 60, il fait naturellement le lien entre la lutte pour les droits civiques, le combat abolitionniste et la mémoire saccagée du peuple Indien (la chanson Big Foot sur le massacre de Wounded Knee de 1890, et l’album Bitter Tears). Les aspects les moins avenants (pour nous) du personnage ne sont pas éludés, notamment un patriotisme exacerbé, dont on comprend qu’il a plus à voir avec une passion pour l’histoire de son pays, ses valeurs fondatrices qu’avec un quelconque nationalisme (le discours qu’il prononce à l’occasion du 200ème anniversaire du drapeau américain est spectaculaire). En 1991, Cash sera l’une des rares voix à s’élever contre la première guerre en Irak. Après une décennie 80 marquée par la désaffection du grand public, les fameux enregistrements avec Rick Rubin sont une renaissance mais aussi une façon pour le vieil homme de toucher la nouvelle génération. Les images de cet homme au charisme magnétique diminué par l’âge et la maladie sont puissantes, et la vidéo réalisée pour Hurt en 2003 est un bouleversant adieu au monde.