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Milky Ways de Joakim

chronique d'album
Ils sont peu à comparer les récents et abrasifs travaux de Joakim à ses enregistrements electro jazz avenants du début de la décennie. Pourtant, sans le souvenir du vinaigre, le miel serait moins doux et vice-versa. Pianiste de formation aujourd’hui tourné avec obsession vers les guitares soniques, compositeur ludique qui se méfie de la musique fun et dessinateur obsédé par les figures inquiétantes, qui exorcise ses démons grâce à la musique, tout en prenant du plaisir à le faire, Joakim ne peut qu’avancer dans une position inconfortable.

Elle explique peut-être le caractère de plus en plus fracturé de ses disques, tout à fait en phase avec son époque qui résonne par morceaux. Monster & Silly Songs (2007) était né de la volonté de jouer en live et en groupe (The Ectoplasmic Band, désormais rebaptisé The Disco). Tour à tour sensuel et à rebrousse-poil, fait de beats anxieux et d’une italo disco blême, d’effrois et de farces de gamin, mais aussi de grandes envolées (Medusa, quelque part entre Animal Collective et Dan Deacon), le quadricéphale Milky Ways tient aussi de son expérience de Dj. Joakim le construit comme il échafauderait une playlist, en ne donnant peut-être pas à ses auditeurs ce qu’il veulent immédiatement, mais ce dont ils ont tout de même besoin pour remuer, afin de les amener vers ce que lui souhaite leur faire entendre. Bien entendu, la démarche n’est pas sans risque.

Parfois, il ne se passe rien, ou si peu : les huit minutes de Back In Wilderness, dont les deux premiers tiers ne semblent nécessaires que pour mieux apprécier le dernier, un croisement infernal entre Archive et Sunn O))), Goblin et Glenn Branca. Parfois, Joakim impose avec une facilité déconcertante six minutes d’une dansante monstruosité (Spider), sans trop se prendre au sérieux. À la fois baléarique et satanique, Milky Ways est un disque en dents de scie, dont la forme rappelle celle de Sound Of Silver (2007) de LCD Soundsystem. On lui souhaite une réputation moins surestimée et autant de succès.
Julien Welter
MAGIC RPM  #135


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