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Après le raz-de-marée The xx, le phénomène jj ? Artistiquement, c’est incontestable. Médiatiquement, c’est autre chose… Car si les deux groupes, qui amorceront une tournée américaine ce mois-ci, possèdent la même appétence pour les initiales cryptiques, ils sont diamétralement opposés dans leur manière de se promotionner. Dans le cas de jj (en référence à Jules Et Jim, le classique de François Truffaut ?), cet occultisme épouse parfaitement le halo de mystère qui l’entoure. Impossible de trouver une interview de l’énigmatique tandem de Göteborg, difficile de trouver des photos de presse, tout juste faut-il se contenter d’un blog occulte pour les aficionados du 2.0. Pourtant, à l’instar de l’album acclamé de The xx, la musique de jj parle autant au mélomane pop moderne qu’à l’auditeur lambda, qui achète cinq disques par an. jj, donc, deux lettres qui claquent, comme un coup de semonce dans la nuit. Minimalisme et concision sont les maîtres mots de ce duo suédois pas comme les autres, qui, depuis son mémorable premier Lp (N°2, 2009), évoque Everything But The Girl en version afropop.

Descendants de Ben Watt et Tracey Thorn, Joakim Benon et Elin Kastlander avancent exactement dans la même direction, sur les sentiers d'une pop à la fois éthérée, avenante et obscure (qui a dit The Knife ?). jj, c'est un peu Fantômas au pays d'Abba, qui ne se montrerait même pas en costume d'X-Or avec des manches à balais fuselées chez Airbus. Alors, comment fomenter à quatre mains une chronique substantielle sur un groupe aussi mystérieux, qui laisse ses (neuf) chansons parler pour lui ? Puisque l’équation à deux inconnues est irrésolue, le mieux est encore de parler de ce qui nous préoccupe depuis vingt ans dans ces pages. Parus sur Sincerely Yours, label créé par les chantres de l'electro baléarique The Tough Alliance, le single N°1 (2009) et l'album N°2 (2009) arboraient une mélancolie lancinante, happer par des beats exotiques et des rythmiques chaloupées. Le couple – lui, possible gravure de mode, elle, boulotte blonde échevelée – alliait alors le rétrofuturisme atemporel de Saint Etienne et les effluves réactionnaires de Massive Attack, l'italo-disco de Sally Shapiro et la suédo-electro de Air France, compositions rigoureuses et fondamentalisme émotionnel. Quand The XX remaniait Teardrops de Womack & Womack et Hot Like Fire d'Aaaliyah en y injectant leur new-wave monochrome comme l'excipient d'un nouvel avenir, jj coupait Lollipop de Lil’ Wayne avec leur Ecstacy et épurait Troublemaker d'Akon jusqu'à la moelle, remplaçant ainsi l'autotune criarde de l'original par des vocalises délayées et une acoustique erratique.

Et c'est la mue opérée par ce brillant exercice de style qui nous intéresse aujourd'hui, puisqu'elle annonçait le virage qu'allait prendre jj pour cette cuvée 2010, qui s’annonce déjà comme un millésime. Dès l’ouverture (My Life, deux minutes à peine), Elin Kastlander implore le ciel sur un motif de soul blanche brodé par l’électronicien Joakim Benon, avant d’embarquer sous de plus chaudes latitudes : And Now, tube imparable croisant la langueur cotonneuse d’Everything But The Girl avec la rythmique dansante de Vampire Weekend. From Africa To Málaga, pour reprendre le titre d’une chanson du précédent Lp et qui pourrait figurer la baseline de jj. Avare de mots, le tandem n’est jamais en reste pour surprendre l’auditeur, comme sur l’entêtant Into The Light, qui voit un commentateur espagnol s’enflammer pour Zlatan Ibrahimovic, étoile suédoise du ballon rond.

Voi Parlate, Io Goco s'ingénie à éveiller les carillonnements ensoleillés de N°2, jusqu'ici ensommeillés, pour les enjoliver d'une mélancolie bleutée, et dans un final insidieux, Foxbase Alpha se rappelle à notre subconscient. Sublimé par des vocalises tiraillées par le spleen, Golden Virginia transperce les nuages comme si Beach House se voyait drapé d'une torpeur onirique, calfeutré dans une orchestration synthétique et minimal. Comme la suite logique du Holiday (2004) de The Tough Alliance, You Know harmonise un passage de flambeau des plus vivifiant. Terminer cet essai par une chanson intitulée No Escapin' This montre à quel point Joakim Benon et Elin Kastlander sont visionnaires. Aujourd’hui, demain ou après-demain, il vous sera impossible d’échapper à la magie jj.
Fabien Le Gourrierec & Franck Vergeade
MAGIC RPM  #140


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