En kiosque actuellement Commander
Depuis l’inaugural et bien nommé Dreamland (2007), Jeremy Jay sort des disques raffinés et délicats comme on tient à jour ses carnets de bord et autres journaux intimes. Si cette régularité dans l’excellence était proprement enthousiasmante, on craignait sans se l’avouer de voir le talent du jeune Américain s’étioler sous le poids de l’habitude, lui qui compose plus vite que son ombre. Il était même question l’année passée de publier coup sur coup Splash (2010) et Dream Diary à quelques mois d’intervalles. Heureusement, il n’en fut rien, car cette double actualité aurait certainement nui à notre esprit critique saturé en nous faisant passer à côté d’un autre disque splendide. Peut-être le plus beau de son auteur. Comme toujours, Jeremy Jay revient aux fondamentaux d’une pop à guitare désuète et insolemment minimaliste, sans autres fioritures que sa voix sublime de crooner candide et quelques vagues anachroniques de claviers réfrigérés.



Cette distorsion du temps apparaît aussi à travers cette magnifique pochette bichromique dont le graphisme rappelle celui de Eat To The Beat (1979) de Blondie, ce qui n’a rien de fortuit puisque notre homme propose ici une relecture de Shayla. Comme son titre le suggère, Dream Diary voit défiler une série des paysages à la lisière du rêve où les sentiments sont baignés d’une étrange clarté, comme à contre-jour. Une virée nocturne en voiture retrouve son pouvoir électrisant de fuite en avant (Out On The Highway), la contemplation des remous d’un fleuve permet d’y voir plus clair sur soi-même (The River’s Edge), une promenade au parc tourne à l’épiphanie amoureuse (It’s Just A Walk In The Park), enfin on dit adieu aux jeux de l’adolescence et à leur belle insouciance (The Dream Diary Kids)... Avec la classe de David Bowie conjuguée à la sensibilité de Jonathan Richman et ses Modern Lovers, l’art de Jeremy Jay n’est jamais aussi éclatant que lorsqu’il pousse, comme ces orchidées sauvages, à l’ombre des passions les plus troubles et insondables.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #151


2 réactions réagir

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser


apogee - 03/06/2011 16:04
Excellent disque, de bout en bout .... De ce fait, entièrement d'accord avec la précédente réaction: à bas les "I-Tunes records" !!
Oui, un disque, c'est un tout, une unité, non voué à être saucissonné, et les artistes qui ont compris cela doivent être encouragés ...
goomtracks - 01/04/2011 12:31
Très intéressant et symptomatique de l'époque de zapping dans laquelle nous vivons : l'évolution du nombre d'écoute par morceau sur Soundcloud. Constat : plus on avance dans l'album, plus le nombre d'écoutes décroît. Conclusion : les gens n'écoutent plus ou en tous cas beaucoup moins les LP dans leur totalité..Après ça, qui ira s'étonner qu'un groupe comme les Strokes sortent un album de 34 minutes. Bonne stratégie selon moi. Qui irait aujourd'hui se fader des albums de 70 minutes à part ls fanatiques des Tindersticks de la grande époque?...Et sortir des LP courts, ça n'a jamais empêché les Beach Boys ou Marvin Gaye (pour ne citer que les plus emblématiques) de sortir des chefs-d'oeuvre que je sache. Reste plus qu'à écouter ce nouveau Jeremy.