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When I Said I Wanted To Be Your Dog de Jens Lekman

chronique d'album
Délicieux crooner, dandy d'un aplomb désarmant, Jens Lekman proposait autrefois aux amoureux de venir jouer à  leur mariage, groupe de bal à  lui tout seul, homme orchestre à  la délicatesse émouvante. Par ailleurs, Jens est un génie. C'est ce qu'ont vite compris les têtes chercheuses du label américain Secretly Canadian, qui l'ont déniché en Suède, où le jeune homme de vingt-trois ans fourbissait ses armes, gravant pour ses amis des chansons tordues et pour son label des petits 45 tours parfois bien étranges (en 2000, un insecte pris dans un peu de cire ornait chacune des vingt copies du Insect Ep). Miraculeusement, ce chemin détourné devait ouvrir à Lekman les portes des hit-parades locaux puis les tiroirs de nos platines Cd. Ces années d'un activisme pop de moins en moins souterrain ont fourni la matière des trois merveilleux maxis sortis depuis avril et de ce premier album, When I Said I Wanted To Be Your Dog, appelé à  marquer l'année de sa grâce singulière. Le Suédois est de ces auteurs compositeurs surdoués mais lucides qui savent d'emblée de quoi leurs chansons ont besoin. Et c'est parfois de très peu : Do You Remember The Riots? est un swing chanté a capela seulement accompagné d'une rythmique artisanale, c'est-à -dire faite main. À l'autre bout du spectre, You Are The Light est une véritable explosion de pop orchestrale, chœurs et cuivres flamboyants dans un puissant tourbillon. Entre les deux, l'imagination est au pouvoir. Avec peu de moyens, des idées et un peu de récupération, Lekman fait des merveilles avec des chansons plutôt lentes et acoustiques à  l'écriture exigeante. Siffloter sur quelques notes de piano suffit au jeune homme pour installer l'ambiance feutrée de If You Ever Need A Stranger (To Sing At Your Wedding). Ailleurs, une boîte à  rythmes, une guitare sèche et une mandoline suffisent. Des boucles, des bidouillages et une envoûtante voix féminine font régulièrement leur apparition. L'ensemble bénéficie d'une science de la production innée (Tram #7 To Heaven, Happy Birthday, Dear Friend Lisa). Comme si tant de talents concentrés en une même personne ne suffisaient pas, Jens est également un très grand parolier, romantique et farfelu. Car quelqu'un capable d'écrire "Yeah I got busted, and I used my one phone call to dedicate a song to you on the radio" mérite le respect. Dans un monde peuplé de jeunes femmes qui offrent leur prénom à  des chansons (Silvia, Julie), tour à  tour séduites et perdues ("She sent me an SMS/But it felt more like an SOS"), le Suédois est notre prix Nobel de l'élégance.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #84
article extrait de :
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