Figure légendaire de la techno américaine, Jeff Mills a commencé dans l'ombre de Mad Mike et de son label Underground Resistance, puis, parti fondé sa propre structure, Axis, il se voit adopter par l'Europe, via l'Allemagne et la connexion Tresor. Son style de mix (trois platines et une boite à rythmes) fait sensation et ses productions déclenchent l'hystérie. Voilà pour le CV. Mais qu'en est-il en réalité ? Mills est-il vraiment le pur génie que l'on aime nous présenter ? N'y-a-t-il pas quelques défauts dans la cuirasse ? Début de réponse avec ce disque et preuve que tout n'est pas si simple. Loin du minimalisme sonore caractéristique en production techno, le son Purpose Maker emprunte sa rondeur aux musiques exotiques, agrémentées de citations funks bien venues. En effet, même si quelques pointes plus strictement technoïsantes viennent piquer l'oreille le temps d'un The Bells ou d'un Cubango, le Purpose Maker se veut rond et doucereux, quoique ne se départissant jamais d'une énergie typiquement dancefloor. Et c'est cette originalité qui fait de ce disque un projet unique et indispensable car véritable alternative à une certaine techno s'évertuant à vouloir sonner "hangar géant". Le problème est que cet album est composé de morceaux conçus à l'usage des Djs et ne proposent souvent qu'une boucle agrémentée d'un gimmick, idéal pour un mix, mais à l'intérêt domestique limité. Et c'est fort dommage car, on le répète, Purpose Maker est unique et prouve bien que Mills est un vrai génie. De la production, s'entend.