Voilà désormais presque vingt ans que The Wizard débutait sur une radio indépendante de la banlieue de Detroit, avec des mixes où Kraftwerk s'exposait aux titres funk les plus electro de l'époque. On peut désormais se rendre compte qu'un seul des pionniers de la techno d'alors a véritablement réussi à passer l'épreuve du temps, et à continuer à persister dans son art en maintenant une activité discographique régulière. Jeff Mills a réussi cet exploit, car en dehors du businessman avisé, il est resté extrêmement vigilant à garder une ligne créative précise dans ses productions, tout en cherchant à associer sa musique à d'autres formes d'art. Sa re-création de la bande originale du film Metropolis de Fritz Lang était un premier exemple original, et cette nouvelle initiative en est un de plus. Même si on peut rapprocher l'idée de réinterprétation d'une oeuvre par une formation classique ici, l'orchestre philarmonique de Montpellier à d'autres projets similaires (celui de Manu Le Malin il y a quelques années, ou encore le concept Acid Brass, lorsque l'artiste Jeremy Deller proposa dix tubes acid rejoués par la fanfare populaire The Williams Fairey Band en 1997, sans compter le récent album relativement médiocre de Maxence Cyrin), Jeff surprend une fois encore par sa maîtrise et sa rigueur. Passée la petite appréhension d'entendre une rythmique associée aux instruments de l'orchestre, on redécouvre une sélection de titres écrits par Mills au long de sa carrière sous un angle totalement nouveau, et non, ce n'est pas un cliché ici - incroyablement cinématographique, où l'émotion prend une place étonnante. Notons au passage la présence d'un Dvd, où le concert prend toute son ampleur, filmé l'été 2005 dans un écrin de rêve, au pied du pont du Gard.