La belle comptine que voilà : "Toi l'Auvergnat/quand tu iras aux U.S.A./que Calexico t'emporte en Arizona..." Bien sûr, on attendait beaucoup de cette rencontre, idéale sur le papier, entre le chanteur au spleen rural et le groupe de Tucson, habitué aux grands espaces désertiques. Mêlant ainsi sa plume, aussi douce et venimeuse que du curare sucré, au rock racé et hypnotique de Calexico, le temps de trois morceaux, Murat se sent enfin à son aise et se fend d'un touchant Viva Calexico, scellant l'union du Cantal profond et de cette Arizona qui ne l'est pas moins. Car Murat, tout au long de son parcours (de la peine), aura cherché en vain cette équation diabolique. En quinze ans d'activisme, il se sera accommodé à toutes les sauces musicales : variété bon teint, pop léchée, ambient ou trip hop. Enfin, après Murat En Plein Air, voici Murat en liberté, parcourant la Grosse Pomme à la rencontre de musiciens, Marc Ribot en tête. Et le résultat subjugue. Dès Jim, c'est la voix de Jennifer Charles d'Elysian Fields qui nous prend par la main et nous emmène dans un voyage désorganisé. On bouge beaucoup dans Mustango : Saint Malo, Tignes, Crémone, Belgrade... Partout, Murat pose son oeil las sur un monde auquel il n'appartient plus, ou si peu. Alors, il se forge une sphère idéale : ce sera Polly Jean et les rêveries d'un solitaire pendant un concert de PJ Harvey, les choeurs de soul antique dans Nu Dans La Crevasse, les ballades au piano de Mustang et du Mont Sans-Souci ou la satire sociale des Gonzesses Et Des Pédés. Au sommet de sa forme mélodique et magistralement accompagné, Murat publie-là, juste après Dominique A, le meilleur album français de l'année.