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Madame Deshoulières de Jean-Louis Murat

chronique d'album
Impayable Murat. Qui d'autre que le berger de Chamablanc, ressourcé par la bande à Calexico en Arizona, pouvait adapter des textes d'une poétesse du XVIIe siècle sans tomber dans les travers lettrés de la musique baroque ? Qui d'autre qu'Isabelle Huppert pouvait l'accompagner, elle qui incarna Madame Bovary à l'écran et partagea avec lui la distribution de La Vengeance D'Une Femme en 1989 ? Neuf ans après sa découverte des écrits de ladite Madame Antoinette Deshoulières aux Puces de Clermont-Ferrand, Murat a donc mis en musique quelques-uns de ses poèmes, avec l'aide de l'arrangeur lyrique Daniel Meier et les premiers pas vocaux d'Huppert. Surtout, ne pas vous fier à la pochette corsetée du disque, version prude de celle de Dolorès. Car ce qui frappe, c'est la non-incongruité du propos, tout entier résumé dans l'Ode À Climène. Sept minutes trente durant, Murat déclame cette pièce centrale de l'album comme s'il s'agissait de ses propres mots. Avec une aisance et une pertinence qui avaient déjà fait mouche lors de sa relecture de Baudelaire (Réversibilité sur Dolorès). Dans le rôle d'Antoinette ("Cent vingt mille jours que je suis morte, mon ami"), Huppert en jeune ingénue austère s'en tire au forceps. Si bien qu'à la question finale ("Alors, ça vous a plu ? Ouais, ça va", lui répond-elle dans une langue volontairement argotique pour l'époque), on n'est pas certain de la recroiser sitôt derrière un micro. Un peu comme Murat au cinéma, d'ailleurs.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #49
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