Dans les pubs indie de Dublin, le Ritual
est de lancer une pinte de Guinness au visage du touriste s'extasiant sur The
Thrills pour montrer son intérêt pour la culture locale. Mais l'Irlandais, pour
se faire pardonner son emportement légendaire, offre une tournée et argumente
que leurs Beach Boys nationaux ne sont pas bien représentatifs de leur patrie.
En revanche, dans un souffle imbibé de bière, il porte Jape aux nues. Bassiste
du groupe hardcore The Redneck Manifesto,
Richie Egan sort son troisième solo, mais
il est surtout connu hors de son royaume pour son single Floating, issu de l'album The
Monkeys In The Zoo Have More Fun Than Me (2004). Ce titre a enflammé
les dancefloors avec le remix d'Alex Metric et a été popularisé par The
Raconteurs qui l'ont repris lors de leur tournée européenne. Avec une guitare
folk et des arrangements electronica, l'enfant prodige y racontait sa prise
d'ecstasy dans une soirée où “the music
was shit”. On n'oserait jamais
parler ainsi de la sienne, sophistiquée et inventive, où guitares, synthés et boîtes à rythmes enregistrés
dans la chambre du Dublinois donnent vie à un album mêlant hip hop, folk,
electro ambiante et dance. Peu adepte d'une formule systématique, Jape réussit
ici le même défi que LCD Soundsystem avec le brillant Sound Of Silver (2007). Imbibés de l'ambiance de leurs villes
respectives, Dublin et New York, Richie Egan et James Murphy ne se cantonnent pas à un seul genre pour lui
rendre hommage. Egan a le même talent pour emplir et vider les pistes de danse,
pour parler de téton et de cimetière dans une même chanson. Son songwriting du
quotidien est inspiré de sa vie nocturne et de l'humour noir de Smog. Au détour
du récit d'une soirée, il salue le chanteur mythique de Thin Lizzy, qui lui est
apparu comme une éclipse lunaire (Phil
Lynott). Puis il se retire dans Nothing Lasts Forever où il chante d'une
voix vocodorisée “I am trying to write a
song that we can both believe in”. Inutile de nous offrir une
autre pinte, on y croit déjà.