Sur le label qui passera peut-être bientôt à la postérité pour avoir découvert Kings Of Convenience, voici le deuxième album des mystérieux Japancakes. Originaire d'Athens, Géorgie la ville qui est passée, elle, à la postérité pour avoir abrité les premiers pas de REM , ce sextet n'a pas emprunté la plus facile des voies, puisqu'il ne se consacre qu'à la musique instrumentale. L'exercice a certes repris du poil de la bête depuis l'émergence de Tortoise et sa descendance post-rock, mais n'en reste pas moins épineux et ingrat. Heureusement, Eric Berg et ses acolytes ont su éviter tous les pièges inhérents au genre et offrent sept morceaux hypnotiques, souvent emmenés par une guitare slide cotonneuse, laissant parfois la place à un violoncelle lancinant. Et si l'ensemble peut rappeler la formation de John McEntire, ce sera alors celle du premier album éponyme, pour ce son brut et nature, cette impression de constante improvisation, cette sensation de vertige, cette invitation au voyage. Un voyage qui, bien sûr, se déroule dans ces grands espaces américains désolés et désertiques, sur ces routes longues comme un jour sans fin. Mais pas de risque de s'endormir au volant, tant les compositions de Japancakes font preuve d'un étrange pouvoir de séduction, d'un drôle de magnétisme qui tient l'auditeur en haleine. Parfait compagnon de tous ceux qui rêvent de dépaysement, The Sleepy Strange s'apprécie encore mieux les yeux fermés.