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Sur le papier, ce projet a tout de la fausse bonne idée. Car réunir autour de Jane Birkin des artistes confirmés et des amis, de jeunes pousses "hype" et des invités "exotiques" aurait en effet pu donner naissance à  un disque au titre tout trouvé, La Bérézina. Et pourtant... Impeccablement arrangé et mis en son par le foldingue Canadien Gonzales (peut-être ne devrait-il plus se consacrer qu'aux autres...) et Renaud Letang, cet album est même l'écrin de quelques pépites, qu'on ne s'attendait pas à  trouver en ces contrées. Dès Je M'Appelle Jane, chanson logiquement placée en ouverture, offerte et cointerprétée par Mickey 3D, ce Rendez-Vousse place sous les meilleurs auspices, résultat d'un texte de haute volée caustique ("Dis Birkin c'est quoi ce vieux jeans sale que tu trimballes depuis 1969/C'est que je suis radine/Je m'appelle Jane et je t'emmerde/Toi tu ne t'appelles pas Tarzan/Tu t'appelles Mickey, je t'emmerde...") et d'une musique aux faux airs "morriconiens". Mais ces duos (seuls Strange Melodyet le dernier titre, Port Bail, sont chantés par la seule Jane) ne sont pas des duels, juste des rencontres, le plus souvent inattendues. Comme cette reprise du In Every Dream Home A Heartachede Roxy Music, interprétée en compagnie de son créateur Bryan Ferry : dans un intérieur claustrophobe et inquiétant, on découvre une autreBirkin, celle qui, dans sa langue natale, dessine une intensité dramatique dont on pensait seule Beth Gibbons capable. Le hasard fait vraiment si bien les choses que cette dernière a cédé à  la plus Parisienne des Anglaises un inédit forcément menaçant, Strange Melody, qui évoque les brumes troublantes de Portishead. Le temps est parfois plus dégagé, l'ambiance plus légère - la relecture avec l'infatigable Daho de La Grippede Brigitte Fontaine et Jacques Higelin -, le fossé des générations s'efface en quelques minutes (le paisible The Simple Storyavec la révélation du moment, Feist) et les surprises sont souvent au... rendez-vous, à  l'instar de la titubante adaptation de Pour Un Flirten compagnie d'un Miossec impecc'. Même l'irritant Brian Molko devient un compagnon fréquentable, voire idéal, sur Smile, ballade orchestrale et sépulcrale qui rappelle les meilleures heures nocturnes de Nick Cave. Autant de réussites qui gomment les quelques moments sans intérêt (la reprise Surannéede Benjamin Biolay et Keren Ann avec Françoise Hardy, entre autres) de cet album surprenant.
Christophe Basterra
MAGIC RPM  #79
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