Beaucoup n'ont jamais vraiment pris Jane Birkin au sérieux, et c'est une chance. Plutôt que de devoir prouver sans cesse qu'elle est une artiste à part entière, elle peut en réalité tout se permettre : user éternellement d'un français marqué par son accent britannique, chanter en anglais comme le ferait une Française de souche ou fredonner sans remord sur l'épar-pillement d'une personne du spectacle toujours à mi-chemin d'un terminal d'aéro-port et d'un hall d'hôtel. Cette inconséquence prétendue lui permet aujourd'hui de sortir un disque capable d'osciller sans faillir entre la gravité d'un climat plutôt automnal et le charme souvent dérisoire d'une collection de reprises : Neil Young, Kate Bush, Tom Waits... "Reprises" ne signifie d'ailleurs pas grand-chose pour une chanteuse qui a toujours été une interprète, d'autant que l'autre moitié de cet album est composé de morceaux écrits spécialement pour l'occasion. On pourrait ne rien attendre d'un projet de cet acabit, d'où il apparaît que le meilleur survient et apporte son lot de surprises. Une réappropriation du Waterloo Sunset de Ray Davies est confec-tionnée par Rufus Wainwright, quand Dominique A surprend encore avec une ryth-mique arabisante (Où Est La Ville) sur laquelle Birkin se jumelle à Brigitte Fontaine. Arthur H signe La Reine Sans Royaume et se fait enfin plus félin que chat de gouttière cabotin, et le très chic Living In Limbo voit Gonzales revêtir la cape de pluie du juif errant avec une mélancolie héritée de son Piano Solo (2004). Moins caverneux que le dernier Lp de sa consoeur Marianne Faithfull (Before The Poison, lui aussi écrit par plu-sieurs compositeurs dévolus), Fictions prouve que Jane Birkin sait se jouer de la notion de gravité qui entoure tout disque vendu comme "un album de la maturité" pour se montrer plus intelligemment suggestive.