Jamie Lidell

Vu par Magic

Jim

archive mag avril 2008
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Un verrou a sauté lors de l’enregistrement de Multiply (2005). Il a provoqué la surprise dans l’esprit de Jamie Lidell, performer soudain réellement déchaîné, comme dans celui de l’auditeur. L’une des clés offertes à ce dernier pour appréhender la mutation à l’œuvre sur cet incroyable disque soul funk, désolidarisé du passé expérimental de son auteur, pourrait résider dans le clip millésimé Windowlicker (1999) d’Aphex Twin par Chris Cunningham. Autre signature du label Warp, Richard D. James et son inquiétant sourire jumelé à celui du Cheshire Cat d’Alice de Lewis Carroll y faisait déjà souffler le chaud du présent californien et le froid hérité des travaux ambient/electro/drum'n'bass passés. Il calait à l’écran ses beats chaotiques tout en exécutant lui-même un antinomique Moonwalk de flambeur. Multiply a lui aussi fait son chemin, et ce disque est désormais accepté et apprécié, non comme le travail hybride d’un guignolo, mais comme l’accomplissement d’un artiste bosseur gagné par la ferveur de Sam Cooke et l’énergie fédératrice d’Al Green ou Jamiroquai. Le superbe et concis Jim – qui n’est un clin d’œil ni au Murat de la période Mustango (1999), ni à l’outre à whisky officiant derrière le micro des Doors – est donc un album au cours duquel Jamie Lidell s’empare d’un seul prénom au lieu de se livrer à des contorsions identitaires – il a réglé cette question avec un disque de remixes et de prises alternatives, Multiply Additions (2006). Plus énergique et moins agressif, le poids sauteur ne cherche plus à faire ses preuves dans le domaine qu’il a rêvé de conquérir et se porte davantage sur la confession. Il délaisse sa performance préférée, la human beat box, au profit d’une soul jouée à vitesse optimale, là où la notion d’aisance charme au lieu d’être affiliée à la démonstration d’un prodigue qui roule des mécaniques. Malgré la flamboyance du disque et son extraversion, l’électronique y est encore moins visible, comme si Lidell ne l’utilisait plus que pour créer l’accident ou l’imprévu lorsqu’il compose et éviter de produire de la soul au kilomètre. Et ça fonctionne ! La logique de groupe n’y est pas pour rien car la voix, toujours magistrale, n’est plus l’instrument premier. Entouré par des proches bien connus de ses services (Mocky, Gonzales, Peaches), Lidell libère et canalise une énergie presque électrique et réussit pour ainsi dire ce qu’avaient raté les Strokes avec leur reprise de Marvin Gaye, Mercy Mercy Me. Jim n’est d’ailleurs pas l’un de ces disques qu’on laisse refroidir sur le rebord de la fenêtre, avant le retour de l’église, comme une bonne tarte aux pommes. Ces trente-huit minutes à peine de gospel nous rappellent qu’il vaut mieux quitter la table en ayant encore un peu faim et lient l’euphorie à la frustration du rock’n’roll.

Julien Welter

article extrait de :
MAGIC RPM #119


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