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Il existe un point commun étonnant entre Gonzales, Mocky et Jamie Lidell – amis et collaborateurs de longue date – sur lequel les observateurs n'ont pas encore mis le doigt. Découverts en tant qu'artistes défricheurs et fantasques, ils n'ont révélé leurs véritables identités musicales que sur le tard – prenant en compte l'accélération extrême des existences contemporaines –, et celles-ci sont tout à fait classiques. À savoir pianiste et arrangeur pop pour le premier, batteur et conducteur d'orchestre jazz pour le second, et chanteur soul pour celui qui nous intéresse ici. L'acclamé Jim (2008) concrétisait ainsi la sortie de la caverne de Jamie Lidell, redescendu des tapages électroniques pour se jeter à corps perdu dans la vocalise gospel et le groove à peine parasité. Ajoutée à ses talents reconnus d’hyperformer, cette mue impressionnait, jusqu’à faire oublier deux choses importantes : le bel Angliche est un technicien vocal surdoué mais pas un grand chanteur ; c'est un architecte sonore inspiré mais pas un mélodiste inné.

Les choses remises à niveau, on peut considérer ce quatrième album solo pour ce qu'il est : le résumé par empilements d'une carrière riche, souvent excitante, pas (encore) géniale. Pas à un paradoxe près, ce disque contient l'une de ses meilleures compositions : Compass, blues détraqué et déchirant au reflux morriconien. Pour le reste, on est comme au spectacle, dégustant un mash up de tout ce qu'il sait faire, des scies funk modernes (I Wanna Be Your Telephone) et plus oldschool (Enough's Enough) aux exactions transgenres pas si éloignées de Mike Patton (You Are Waking, Gypsy Blood), le tout sur fond de concepts acoustiques (le vent qui traverse et érode le spectre sonore). On reste curieux de la suite, peut-être par simple déformation professionnelle.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #143


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