C'était il y a dix ans. Nous l'avions rencontré à l'occasion de la sortie de son nouvel album, La Part Rêvée Des Anges. Et lui avions fait passer l'intransigeante épreuve du blind-test. Armé de son humour décalé et d'un franc-parler assumé, Jacno n'avait occulté aucun sujet.
Ah, c’est un blind-test… Bon, d’accord, mais je te préviens : je ne dirai pas du mal des gens, c’est contre mes principes.
SEX PISTOLS
Submission
(Il ne reconnaît pas tout de suite et attend la voix.) C'est le couillon avec son accent anglais, Jean Le Pourri. Il a fait mieux que ça. Son groupe, c'était un boys band : le type n'avait même pas le droit de sortir des loges avant que son manager Malcolm McLaren ne l'y autorise. Je l'avais invité à boire un verre dans la salle et lui me répond : “Ah non, je peux pas”. Le pauvre… C'était un très bon groupe de rock, mais pas marrant, une vraie bande de crétins. Les types de The Clash, eux au moins, étaient sympas. Avec les Stinky Toys, on rejetait l'étiquette punk que nous collait la presse : on était un groupe de rock qui foutait le bordel, c’est tout. On a non seulement été le premier groupe français à faire la une des hebdos anglais, mais le premier groupe non signé tout court, et tout ça sans manager. McLaren nous avait invités comme d'autres groupes à jouer en Angleterre, dans des conditions épouvantables, pour mieux mettre en avant ses poulains, mais c'est nous que les journalistes ont distingué ! On jouait plus à Londres qu'à Paris par la force des choses puisque personne ne voulait entendre parler de nous ici.
ELLI & JACNO
Le Téléphone
C'est sur le dernier album qu'on a fait tous les deux, pour Les Nuits De La Pleine Lune, le film de Rohmer, en 1984. Bizarrement, c'est sans doute ce qu'on a fait de mieux, avec des moyens, tout ça parce que j'avais sorti Rectangle en solo, un instrumental très Kraftwerk qui a été un succès monstrueux après avoir été boycotté par tous. Du coup, j'avais monté mon propre label, ECM. Mais Les Nuits…, on a eu beaucoup de mal à le faire par ce qu'on s'engueulait, on n'était plus d'accord sur rien, surtout pas sexuellement… (Rires.) La musique et les arrangements, c'est moi, les textes sont d'elle. Je ne me souviens plus très bien de ce qu'elle raconte, c'est en partie à propos de ce qui nous arrivait, sauf que je n'ai jamais gratté à sa porte, je te le promets !
DANIEL DARC
Pars Sans Te Retourner
(Silence.) Après avoir fait l’album Sous Influence Divine avec lui, je ne lui ai plus jamais adressé la parole. Sa maison de disques m’avait contacté en vue d’un single, mais comme j’aimais bien le mec, je m’étais débrouillé pour que ça se transforme en album, enregistré dans d’excellentes conditions. Après, plus de nouvelles, jusqu’à mon album solo T’Es Loin, T’Es Près, et une invitation à la radio, où le présentateur annonce : “Et en plus il a fait le Daniel Darc que nous avons ici”. Je ne savais même pas qu’il était sorti, et je vois que je ne suis pas crédité, ou bien d’une façon ambiguë, alors que j’ai composé et joué pratiquement tout le truc. J’ai trouvé ça inélégant au possible.
AIR
Kelly Watch The Stars
J’aime bien ces deux gars. Ils ont remis au goût du jour des choses considérées comme ringardes, des arrangements très 70’s, revus et corrigés de façon ludique. L’ensemble gagnerait à être plus “trash”, mais ce qu’ils font me plait. Je les ai rencontrés, il était même question de faire un truc ensemble, ça ne s’est pas fait. J’espère que ce n’est que partie remise. Paradoxalement, je sens les Daft Punk, malgré leur talent, plus calculateurs.
SERGE GAINSBOURG
Sea, Sex & Sun
(Interrogé sur la ressemblance avec le phrasé de Je Vous Salue Marie, un morceau de son nouvel album, il prend l’air étonné.) C’est marrant, parce que ça c’est une merde, mais même les merdes, il les faisait avec talent. Il a une façon de découper les mots qui est tout le temps la même, c’est ce qui fait son charme, que ce soit sur de la guimauve, comme ici, ou sur ses meilleurs morceaux. Je serais bien incapable de nier son influence, c’est presque une question d’éducation. Ma famille était catho, pas répressive, mais du genre à préférer le classique au rock. Gamin, j’étais en pension, puis dans des lycées privés. J’étais mineur quand j’ai signé mon premier contrat, mes parents l’ont fait en mon nom, ce qui était tout de même mieux que ce que je faisais avant, puisque parti de chez eux à quinze ans, j’étais devenu délinquant, du style à voler dans les FNAC. J’en ai pris pour treize mois avec sursis.
BLONDIE
Call Me
Ce morceau-là n’est pas le meilleur : le top, c’est Denis, comme mon prénom… Elle, je l’adore, ce qu’elle a fait avec Giorgio Moroder, qui est le premier à avoir utilisé des séquences en boucle, était ultramoderne. Là, oui, il n’y a plus d’équivalent aujourd’hui de ce que pouvait représenter Blondie à l’époque. Atomic, ressorti pour la Coupe du Monde de Football, tient toujours le choc. Je m’en suis souvenu pour La Part Des Anges. (Rires.)
JACQUES DUTRONC
La Vie, L’Amour, C’est Dingue
(Il reconnaît, mais demande de le laisser un peu.) Top niveau ! C’est marrant, ça me donne envie de l’écouter. J’aime beaucoup quand il chante ces trucs, limite glauque, entre deux eaux. Ce genre de chansons, salutaires, relativise tes propres humeurs suicidaires. Pour rester dans la même bande, sans mauvais jeu de mots, quelqu’un comme Françoise Hardy n’a chanté que des trucs comme ça pendant trente ans, dont Le Cafard, que j’ai d’ailleurs repris. Quant à lui, c’est un peu comme ce que disaient les profs à mon sujet : “Il brille par son absence”. Mais le thème de mon nouvel album, ce n’est pas l’absence, c’est la fuite, ce qui n’est ni nouveau, ni fini de ma part. J’ai écrit un titre qui s’intitule Les Filles De L’Air pour le prochain disque de la chanteuse Axelle Renoir. Pour en revenir aux choses tristes, la mort de Nino Ferrer m’a vraiment bouleversé, d’où la reprise de cette merveille que reste Le Sud en fin d’album. C’est tout de même un type qui a écrit une chanson sur l’arche de Noé vue par ceux qui avaient été abandonnés aux flots !
FATBOY SLIM
Going Out Of My Head
C’est Fatboy Slim. Son idée de départ n’est pas mal, je suis fan des Who, mais il manque l’essentiel, au sens de l’essence. Mick Jones avait déjà repris le riff de Can’t Explain pour Contact, un morceau de Big Audio Dynamite à la fin des années 80. Là, c’est encore plus gonflé, c’est le morceau en entier avec un peu de saupoudrage par-dessus. Ce que j’aimais dans The Who, par rapport à leurs contemporains, c’est qu’ils expérimentaient tout le temps en plus de foutre la merde. Je les ai vus à l’âge de 13 ans à La Fête De L’Huma. Ils jouaient tellement forts que tout a disjoncté au finish ! (Rires.) Du côté des groupes britons actuels, j’ai du mal avec Oasis, leurs paroles sont trop débiles. Je préfère Blur, j’adore Radiohead et j’apprécie également Portishead ou… Geneva !
DOMINIQUE A
Le Twenty-Two Bar
Ouais, Dominique A… C’est un copain qui a fait le clip, alors je connais. Je reçois beaucoup de disques, mais contrairement à beaucoup, je les écoute, souvent n’importe comment, parce que si j’accroche sur un titre, je bloque dessus jusqu’à lassitude et j’écoute le reste six mois après. A vrai dire, je préfère Miossec, surtout pour son attitude lorsqu’il passe à la télé : c’est ma notion de la normalité. Et j’ai entendu son dernier single, Le Voisin, très très bien.
GLORIA GAYNOR
I Will Survive
J’ai fait la musique du spectacle pour l’inauguration du Stade de France avant la Coupe du Monde, dont un morceau, O.A.O., a fini sur l’album. Il y a eu un appel d’offres, d’où branle-bas de combat énorme parmi le gros showbiz français. Et moi, j’ai proposé ce truc à la John Barry, repris par mille choristes et les quatre-vingt mille pingouins dans le stade ! Mais je ne connais rien au foot, je sais qu’il y a un ballon et deux buts, c’est tout ! (Rires.)
APHEX TWIN
Windowlicker
(Il ne connaît pas mais demande à écouter le morceau en entier.)
C’est pas mal, mais je préfère le côté mélodique à la rythmique, qui se contente d’accumuler les clichés. Je n’ai jamais écouté avant, mais ça mériterait d’être creusé, ça fourmille d’idées. D’après ce que tu me dis de ses vidéos, ça devrait me plaire. Tu sais que j’ai quand même joué et écrit les dialogues d’un court-métrage basé sur un fait divers réel où des types avaient piqué une urne funéraire pour la sniffer !
Ah, c’est un blind-test… Bon, d’accord, mais je te préviens : je ne dirai pas du mal des gens, c’est contre mes principes.
SEX PISTOLS
Submission
(Il ne reconnaît pas tout de suite et attend la voix.) C'est le couillon avec son accent anglais, Jean Le Pourri. Il a fait mieux que ça. Son groupe, c'était un boys band : le type n'avait même pas le droit de sortir des loges avant que son manager Malcolm McLaren ne l'y autorise. Je l'avais invité à boire un verre dans la salle et lui me répond : “Ah non, je peux pas”. Le pauvre… C'était un très bon groupe de rock, mais pas marrant, une vraie bande de crétins. Les types de The Clash, eux au moins, étaient sympas. Avec les Stinky Toys, on rejetait l'étiquette punk que nous collait la presse : on était un groupe de rock qui foutait le bordel, c’est tout. On a non seulement été le premier groupe français à faire la une des hebdos anglais, mais le premier groupe non signé tout court, et tout ça sans manager. McLaren nous avait invités comme d'autres groupes à jouer en Angleterre, dans des conditions épouvantables, pour mieux mettre en avant ses poulains, mais c'est nous que les journalistes ont distingué ! On jouait plus à Londres qu'à Paris par la force des choses puisque personne ne voulait entendre parler de nous ici.
ELLI & JACNO
Le Téléphone
C'est sur le dernier album qu'on a fait tous les deux, pour Les Nuits De La Pleine Lune, le film de Rohmer, en 1984. Bizarrement, c'est sans doute ce qu'on a fait de mieux, avec des moyens, tout ça parce que j'avais sorti Rectangle en solo, un instrumental très Kraftwerk qui a été un succès monstrueux après avoir été boycotté par tous. Du coup, j'avais monté mon propre label, ECM. Mais Les Nuits…, on a eu beaucoup de mal à le faire par ce qu'on s'engueulait, on n'était plus d'accord sur rien, surtout pas sexuellement… (Rires.) La musique et les arrangements, c'est moi, les textes sont d'elle. Je ne me souviens plus très bien de ce qu'elle raconte, c'est en partie à propos de ce qui nous arrivait, sauf que je n'ai jamais gratté à sa porte, je te le promets !
DANIEL DARC
Pars Sans Te Retourner
(Silence.) Après avoir fait l’album Sous Influence Divine avec lui, je ne lui ai plus jamais adressé la parole. Sa maison de disques m’avait contacté en vue d’un single, mais comme j’aimais bien le mec, je m’étais débrouillé pour que ça se transforme en album, enregistré dans d’excellentes conditions. Après, plus de nouvelles, jusqu’à mon album solo T’Es Loin, T’Es Près, et une invitation à la radio, où le présentateur annonce : “Et en plus il a fait le Daniel Darc que nous avons ici”. Je ne savais même pas qu’il était sorti, et je vois que je ne suis pas crédité, ou bien d’une façon ambiguë, alors que j’ai composé et joué pratiquement tout le truc. J’ai trouvé ça inélégant au possible.
AIR
Kelly Watch The Stars
J’aime bien ces deux gars. Ils ont remis au goût du jour des choses considérées comme ringardes, des arrangements très 70’s, revus et corrigés de façon ludique. L’ensemble gagnerait à être plus “trash”, mais ce qu’ils font me plait. Je les ai rencontrés, il était même question de faire un truc ensemble, ça ne s’est pas fait. J’espère que ce n’est que partie remise. Paradoxalement, je sens les Daft Punk, malgré leur talent, plus calculateurs.
SERGE GAINSBOURG
Sea, Sex & Sun
(Interrogé sur la ressemblance avec le phrasé de Je Vous Salue Marie, un morceau de son nouvel album, il prend l’air étonné.) C’est marrant, parce que ça c’est une merde, mais même les merdes, il les faisait avec talent. Il a une façon de découper les mots qui est tout le temps la même, c’est ce qui fait son charme, que ce soit sur de la guimauve, comme ici, ou sur ses meilleurs morceaux. Je serais bien incapable de nier son influence, c’est presque une question d’éducation. Ma famille était catho, pas répressive, mais du genre à préférer le classique au rock. Gamin, j’étais en pension, puis dans des lycées privés. J’étais mineur quand j’ai signé mon premier contrat, mes parents l’ont fait en mon nom, ce qui était tout de même mieux que ce que je faisais avant, puisque parti de chez eux à quinze ans, j’étais devenu délinquant, du style à voler dans les FNAC. J’en ai pris pour treize mois avec sursis.
BLONDIE
Call Me
Ce morceau-là n’est pas le meilleur : le top, c’est Denis, comme mon prénom… Elle, je l’adore, ce qu’elle a fait avec Giorgio Moroder, qui est le premier à avoir utilisé des séquences en boucle, était ultramoderne. Là, oui, il n’y a plus d’équivalent aujourd’hui de ce que pouvait représenter Blondie à l’époque. Atomic, ressorti pour la Coupe du Monde de Football, tient toujours le choc. Je m’en suis souvenu pour La Part Des Anges. (Rires.)
JACQUES DUTRONC
La Vie, L’Amour, C’est Dingue
(Il reconnaît, mais demande de le laisser un peu.) Top niveau ! C’est marrant, ça me donne envie de l’écouter. J’aime beaucoup quand il chante ces trucs, limite glauque, entre deux eaux. Ce genre de chansons, salutaires, relativise tes propres humeurs suicidaires. Pour rester dans la même bande, sans mauvais jeu de mots, quelqu’un comme Françoise Hardy n’a chanté que des trucs comme ça pendant trente ans, dont Le Cafard, que j’ai d’ailleurs repris. Quant à lui, c’est un peu comme ce que disaient les profs à mon sujet : “Il brille par son absence”. Mais le thème de mon nouvel album, ce n’est pas l’absence, c’est la fuite, ce qui n’est ni nouveau, ni fini de ma part. J’ai écrit un titre qui s’intitule Les Filles De L’Air pour le prochain disque de la chanteuse Axelle Renoir. Pour en revenir aux choses tristes, la mort de Nino Ferrer m’a vraiment bouleversé, d’où la reprise de cette merveille que reste Le Sud en fin d’album. C’est tout de même un type qui a écrit une chanson sur l’arche de Noé vue par ceux qui avaient été abandonnés aux flots !
FATBOY SLIM
Going Out Of My Head
C’est Fatboy Slim. Son idée de départ n’est pas mal, je suis fan des Who, mais il manque l’essentiel, au sens de l’essence. Mick Jones avait déjà repris le riff de Can’t Explain pour Contact, un morceau de Big Audio Dynamite à la fin des années 80. Là, c’est encore plus gonflé, c’est le morceau en entier avec un peu de saupoudrage par-dessus. Ce que j’aimais dans The Who, par rapport à leurs contemporains, c’est qu’ils expérimentaient tout le temps en plus de foutre la merde. Je les ai vus à l’âge de 13 ans à La Fête De L’Huma. Ils jouaient tellement forts que tout a disjoncté au finish ! (Rires.) Du côté des groupes britons actuels, j’ai du mal avec Oasis, leurs paroles sont trop débiles. Je préfère Blur, j’adore Radiohead et j’apprécie également Portishead ou… Geneva !
DOMINIQUE A
Le Twenty-Two Bar
Ouais, Dominique A… C’est un copain qui a fait le clip, alors je connais. Je reçois beaucoup de disques, mais contrairement à beaucoup, je les écoute, souvent n’importe comment, parce que si j’accroche sur un titre, je bloque dessus jusqu’à lassitude et j’écoute le reste six mois après. A vrai dire, je préfère Miossec, surtout pour son attitude lorsqu’il passe à la télé : c’est ma notion de la normalité. Et j’ai entendu son dernier single, Le Voisin, très très bien.
GLORIA GAYNOR
I Will Survive
J’ai fait la musique du spectacle pour l’inauguration du Stade de France avant la Coupe du Monde, dont un morceau, O.A.O., a fini sur l’album. Il y a eu un appel d’offres, d’où branle-bas de combat énorme parmi le gros showbiz français. Et moi, j’ai proposé ce truc à la John Barry, repris par mille choristes et les quatre-vingt mille pingouins dans le stade ! Mais je ne connais rien au foot, je sais qu’il y a un ballon et deux buts, c’est tout ! (Rires.)
APHEX TWIN
Windowlicker
(Il ne connaît pas mais demande à écouter le morceau en entier.)
C’est pas mal, mais je préfère le côté mélodique à la rythmique, qui se contente d’accumuler les clichés. Je n’ai jamais écouté avant, mais ça mériterait d’être creusé, ça fourmille d’idées. D’après ce que tu me dis de ses vidéos, ça devrait me plaire. Tu sais que j’ai quand même joué et écrit les dialogues d’un court-métrage basé sur un fait divers réel où des types avaient piqué une urne funéraire pour la sniffer !