Voici deux ans, paraissait Matinée, premier album
d’un jeune Anglais fougueux au sang hispanique, Jack Peñate. Une dizaine de
banderilles épiques soul, pop, folk, reggae, rockabilly et bardées d’accent mockney,
jaillissaient de l’arène londonienne. Hors de celle-ci, Peñate ne suscitait
malheureusement qu’une indifférence polie – on l’imaginait bien traîner aux
côtés de Jamie T, tenter sa chance avec Lily Allen, avant de se prendre une
veste et de regagner ses… pénates où l’attendrait gentiment Kate Nash.
Aujourd’hui, quelques rencontres et un battement d’ailes de papillon voient le
jeune homme sortir de sa chrysalide. Faisant table (presque) rase du passé, cet
aficionado des Housemartins a d’abord côtoyé Fatboy Slim, qui connaît deux ou
trois trucs pour faire danser les masses.
Toujours bon à prendre. Mais c’est avec Paul Epworth, autre midas des tables de mixage, que Jack a dit qu’il avait trouvé enfin sa voie. Ou plutôt ses voies. L’homme a produit au compas et à l’équerre une pelletée de groupes anguleux (de The Futureheads à Maximo Park, de Bloc Party aux Rakes), avant de s’essayer à la chansonnette qui fait mouche (la précitée Kate Nash) ou de s’intéresser au hip hop à guitare en bois (l’oublié Plan B). Et de remixer, sous l’alias Phones, une tripotée de tubes indie pour les faire rentrer en loucedé sur les dancefloors. Pour le traditionnel difficile second album, Jack Peñate veut changer d’air. Avec un Paul Epworth ouvert à tous les vents, l’association ne pouvait mieux fonctionner. En ouverture de cette œuvre écrite à quatre mains, Pull My Heart Away annonce la métamorphose et ménage le suspense. La frénésie d’antan fait place à un souffle inquiet, sorte de Robert Smith moins saoul que soul, le long d’une chanson qui en finit définitivement avec le bricolage.
Derrière, le gospel électronique Be The One s’adresse clairement aux hanches. Production impeccable, trompettes baléariques, break détraqué et rythmique assassine, les Pet Shop Boys ne sont pas loin. Main dans la main, Everything Is New et le single Tonight’s Today s’avancent, et l’album explose. Chœurs africains, polyrythmies irrésistibles, guitares à la souplesse affolante, dérapage afrobeat, on s’interroge : Jack Peñate aurait-il été Vampirisé en un Weekend ? Ou visité Graceland (1986) de Paul Simon ? Ou voulu suivre le chemin métissé emprunté par Lizzy Mercier Descloux ? Peut-être. Mais loin d’une pâle imitation de ces derniers ou de la famille Kuti, l’interéssé conserve son âme et l’insuffle dans ses titres (Give Yourself Away). Littérateur modeste, le Londonien faire vivre des textes légers avec une réelle ferveur. Mis en avant, le chant laisse transparaître aspérités et fragilité, et se découpe en ombre chinoise sur des instrumentations à la perfection mathématique – un pied dans la culture club anglaise, l’autre dans la pop.
Car Paul Epworth habille les chansons sans jamais les emmitoufler. Un seul objectif : créer un son implacable. En témoigne le pic Uhuru de cet album, So Near, tube immédiat de facture neworderienne (batterie automatique, basses rondouillardes, chant maladroit). Sacrément angoissé par la mort (When We Die évoquait son propre décès), le chanteur évacue la grande faucheuse façon New Orleans en imaginant de joyeuses funérailles (Let’s All Die). Et laisse sa mélancolie glisser le long d’Every Glance, consolé par une chorale et dopé à la batterie de Vitamin C de Can (Ege Bamyasi, 1972). Body Down, qui hésite entre soul solaire et ballade pluvieuse et qui annonce le retour au bercail, en Angleterre. Ou comment un tour de force stylistique prend des allures d’escapade dans le Commonwealth – et un peu plus loin encore. Une belle renaissance.
Toujours bon à prendre. Mais c’est avec Paul Epworth, autre midas des tables de mixage, que Jack a dit qu’il avait trouvé enfin sa voie. Ou plutôt ses voies. L’homme a produit au compas et à l’équerre une pelletée de groupes anguleux (de The Futureheads à Maximo Park, de Bloc Party aux Rakes), avant de s’essayer à la chansonnette qui fait mouche (la précitée Kate Nash) ou de s’intéresser au hip hop à guitare en bois (l’oublié Plan B). Et de remixer, sous l’alias Phones, une tripotée de tubes indie pour les faire rentrer en loucedé sur les dancefloors. Pour le traditionnel difficile second album, Jack Peñate veut changer d’air. Avec un Paul Epworth ouvert à tous les vents, l’association ne pouvait mieux fonctionner. En ouverture de cette œuvre écrite à quatre mains, Pull My Heart Away annonce la métamorphose et ménage le suspense. La frénésie d’antan fait place à un souffle inquiet, sorte de Robert Smith moins saoul que soul, le long d’une chanson qui en finit définitivement avec le bricolage.
Derrière, le gospel électronique Be The One s’adresse clairement aux hanches. Production impeccable, trompettes baléariques, break détraqué et rythmique assassine, les Pet Shop Boys ne sont pas loin. Main dans la main, Everything Is New et le single Tonight’s Today s’avancent, et l’album explose. Chœurs africains, polyrythmies irrésistibles, guitares à la souplesse affolante, dérapage afrobeat, on s’interroge : Jack Peñate aurait-il été Vampirisé en un Weekend ? Ou visité Graceland (1986) de Paul Simon ? Ou voulu suivre le chemin métissé emprunté par Lizzy Mercier Descloux ? Peut-être. Mais loin d’une pâle imitation de ces derniers ou de la famille Kuti, l’interéssé conserve son âme et l’insuffle dans ses titres (Give Yourself Away). Littérateur modeste, le Londonien faire vivre des textes légers avec une réelle ferveur. Mis en avant, le chant laisse transparaître aspérités et fragilité, et se découpe en ombre chinoise sur des instrumentations à la perfection mathématique – un pied dans la culture club anglaise, l’autre dans la pop.
Car Paul Epworth habille les chansons sans jamais les emmitoufler. Un seul objectif : créer un son implacable. En témoigne le pic Uhuru de cet album, So Near, tube immédiat de facture neworderienne (batterie automatique, basses rondouillardes, chant maladroit). Sacrément angoissé par la mort (When We Die évoquait son propre décès), le chanteur évacue la grande faucheuse façon New Orleans en imaginant de joyeuses funérailles (Let’s All Die). Et laisse sa mélancolie glisser le long d’Every Glance, consolé par une chorale et dopé à la batterie de Vitamin C de Can (Ege Bamyasi, 1972). Body Down, qui hésite entre soul solaire et ballade pluvieuse et qui annonce le retour au bercail, en Angleterre. Ou comment un tour de force stylistique prend des allures d’escapade dans le Commonwealth – et un peu plus loin encore. Une belle renaissance.