Il existe mille façons
de se complaire dans son infortune. On peut écouter des chansons tristes aux
paroles sombres. On peut fixer le plafond en élucubrant sur des problèmes
insolubles ou des désirs impossibles. On peut finir le pack de bières et
constater que le mal de cœur n’arrange pas nos soucis.
It’s A Musical ne
l'entend pas ainsi. S’ils sont chagrins, leur musique n’en sera pas moins
joyeuse et entraînante. Le spleen est submergé par un piano caressant et une
trompette accrocheuse, et c’est avec surprise qu’on entend chanter “We have to deal with headaches, broken
hearts and too much time of thinking about our shitty lives” sur un air
aussi parfaitement radieux que celui de Pain
Song. Idem pour The Music Makes Me
Sick, qui, abstraction faite des paroles, pourrait figurer au générique
d’une comédie romantique dotée d’une happy
end.
Le duo formé par la Suédoise Ella Blixt et l’Allemand
Robert Kretzschmar possède un secret, renvoie un charme particulier. Leurs voix
entremêlées se posent délicatement sur le piano, s’équilibrent avec l’orgue et
les cuivres. Une pareille harmonie rappelle celle du couple américain Mates Of
State, quoique leur musique sonne très suédoise : la narration claire à la Jens
Lekman, le côté sucré de The Concretes, la dimension orchestrale de Mando Diao.
The Music Makes Me Sick est le
premier album harmonieux d’une association réussie.
À défaut de trouver une
solution à nos problèmes, ce disque adoucira notre peine en nous permettant
d’écouter des chansons enchanteresses aux paroles sombres. En contemplant le
plafond, une bière à la main.