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Pas question de retracer ici, pour la énième fois, le parcours tumultueux d’Isobel Campbell. N’empêche : insaisissable, capable du meilleur (Belle And Sebastian, The Gentle Waves) comme du pire (l’embarrassant Amorino, en 2004), la belle s’est défait de l’image de gentille nunuche pour enchaîner succès et réussites depuis une paire d’années. Ballad Of The Broken Seas (2006), sa première collaboration avec Mark Lanegan et hold-up surprenant sur l’héritage Hazlewood-Sinatra, éclipsa le discret Milkwhite Sheets (paru en solo la même année), où son filet de voix réenchantait quelques airs traditionnels.

Mais l’Écossaise, volontiers grande gueule en interview, connaît ses limites vocales et reste consciente que son timbre frêle ne peut rendre justice à tous ses rêves musicaux, surtout quand ceux-ci prennent la forme d’inquiétants couchers de soleil sur l’Ouest américain. Lanegan, éternel survivant au passé chargé, permet à Campbell de vivre ses fantasmes par procuration. Le chant rocailleux de l’ex-Screaming Trees se taille la part du lion et habite des compositions taillées sur mesure par Campbell et l’ex-Soup Dragons Jim McCulloch. Mark porte à bout de bras Salvation et ses arrangements malingres, s’invite dans le blues vaudou de Back Burner et rejoint Isobel pour Come On Over (Turn Me On), duo sensuel entre torpeur et tension, où les soli de guitares se noient dans un océan de cordes.

Si Nick Cave n’aurait certainement pas renié cette ballade meurtrière qu’est Who Built The Road, si l’on pense plus d’une fois à Johnny Cash ou à Leonard Cohen et si l’on jurerait la ballade country Keep In Mind toute droit sortie du catalogue Sun Records, il faut reconnaître que le songwriting de la demoiselle ne souffre jamais de la comparaison. La dialectique mise au point par le couple Lee Hazlewood-Nancy Sinatra est ici renversée : c’est la féline Isobel Campbell qui fait chanter le matou Mark Lanegan, elle qui trace la voie sur laquelle il pose la sienne, soutenu en contrepoint par les chœurs, toujours excellents, de sa partenaire vocale. Seul bémol : un Shot Gun Blues en pistolet à eau où la fausse ingénue prend le micro et finit arroseuse arrosée. Passé ce faux-pas, la magie reprend, et l’on ne peut que souhaiter une nouvelle collaboration entre Mark Lanegan et Isobel Campbell, auteurs d’un disque au classicisme exquis et, déjà, esquisse d’un classique.

Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #120


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