Jetez donc un coup d'œil aux formations les plus excitantes de l'actualité récente. Rien ne vous saute au visage ? Si, bien sûr : de JJ à Phantogram, de Beach House à Memoryhouse, de John & Jehn à She & Him, les couples sont partout et affolent notre imaginaire. Comme si la chambre à coucher, réelle ou fantasmée, était le nouveau Valhalla de la pop moderne. On ne pourra pas reprocher à Isobel Campbell et Mark Lanegan de surfer sur cette vague, puisque Hawk est déjà leur troisième album en commun, et que l'un et l'autre ont par ailleurs un CV long comme le bras. Et si, à l’origine, l'union du bouton d’or écossais et de l'ours roux américain ne tombait pas sous le sens, occasionnant une surprise de taille (Ballad Of The Broken Seas, 2006), on a compris depuis que personne ne pouvait mieux prétendre à la descendance de Lee Hazelwood et Nancy Sinatra (Sunday At Devil Dirt, 2008). Sauf que, comme rien n'est jamais simple, le modèle se trouve ici renversé : Isobel est le Pygmalion à l'origine des compositions, Mark la muse chargée de les habiter de ses charmes vocaux – version cow-boy bousillé. Quand on se souvient de la mièvrerie dans laquelle a pu se vautrer la demoiselle en solitaire – Amorino (2003) et Milkwhite Sheets (2006) –, on reste une fois de plus cloué par la force tranquille de son écriture, trempée à l'encre des meilleurs grimoires de l'americana. De blues électrique sanguinolent (You Won't Let Me Down Again) en boogie chaudement suggestif (Get Behind Me), de soul langoureuse et déchirante (Come Undone) en country folk à bout de souffle (Cool Water), on parcoure ici une sacrée portion de mythologie, sans tentation de singerie ni de dynamitage. Poussant plus loin encore la répartition inversée (donc féministe ?) des tâches, les chansons font la part belle à l'ex-Screaming Trees, qui décline à l’envi les magnifiques variations de son timbre rugueux, tailladé par les excès et caillouté par les larmes. À ce degré d'excellence dans le classicisme, on ferait aussi bien de parler de classique.