En kiosque actuellement Commander

Préliminaires de Iggy Pop

chronique d'album
Annoncé comme un disque de jazz inspiré en partie par les textes de Michel Houellebecq, Préliminaires n’est pas un tournant dans la discographie d’Iggy Pop. Tout le monde sait que le chanteur apprécie Frank Sinatra. Il en reprenait déjà les succès lors des balances des concerts des Stooges, au début des années 1970, et il enregistre des reprises tirées du “grand répertoire” américain depuis au moins 1981, année où il s’est fait les dents sur le standard de Johnny Mercer, One For My Baby (And One More For The Road). Des duos sucrés jusqu’à la musique de film pompière, Iggy Pop poursuit même une sorte de carrière parallèle, avec plus (le tendre hit Candy en 1990, aux côtés de Kate Pierson des B-52’s) ou moins de bonheur (la scie In The Death Car avec Goran Bregovic pour la bande originale d’Arizona Dream en 1993). Préliminaires a donc le mérite de préciser les intentions de son auteur et additionne les récréations (du blues salace à la Jerry Roll Morton, du spoken word, une reprise d’Insensatez de Jobim) jusqu’au point où elles constitueraient une corde de plus à l’arc de l’homme bandé par excellence, et non plus de simples élucubrations lounge.

En dépit de l’absence des décibels, le résultat est comparable à la plupart des précédents albums solo : il est joyeusement chaotique. On y trouve des papiers gras (Nice To Be Dead, où Iggy ne peut s’empêcher d’être menaçant au moins une fois) et de somptueux ex libris comme I Wanna Go To The Beach (I Don’t Care If It’s Decadent) inspiré par Houellebecq, un autre amateur de slows. On se doutait que l’Iguane serait chez lui au pied des roches de Lanzarote. On est aussi touché par sa reprise des Feuilles Mortes, qui donne à première écoute l’impression de surprendre un acteur américain qui pousse la chansonnette sur un plateau de Maritie et Gilbert Carpentier.

Et là, malgré les arrangements electro kitch, plus possible de tricher : Iggy a dépassé les soixante ans. À un moment donné, l’animalité s’estompe chez le mâle. C’est même arrivé à Sean Connery. Autumn Leaves en ouverture d’un disque baptisé Préliminaires, il fallait donc le faire. Et y croire. À la façon du film La Possibilité D’Une Île (2008) réalisé par Houellebecq lui-même, absurde mais qui dénote un vrai désir de faire du cinéma quand tant d’autres œuvrent en France sans volonté, ce disque révèle chez Iggy Pop l’envie d’y mettre du sien pour réveiller un genre en désuétude : l’opérette sérieuse.
Julien Welter
MAGIC RPM  #131


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser