A Lire
Fear Is On Our Side
archive mag mars 2006
Soyez le premier à réagir
On n'y croyait plus. Longtemps, trop longtemps, ce groupe sera donc resté le secret le mieux gardé de la scène musicale américaine : concerts distillés au compte-goutte, disques livrés avec parcimonie. Depuis ses premiers balbutiements en 2001, il n'en avait sorti que deux. Un Cd éponyme constitué de cinq morceaux, débarqué sans crier gare au crépuscule de l'année 2003. Puis un maxi vinyle, fort de deux nouveaux titres, distribué en catimini quelques mois plus tard. C'était à la fois peu et en même temps, telle-ment suffisant. Suffisant pour créer une incroyable dépendance, susciter une curiosité quasi-maladive. Qui pouvaient donc bien être ces types ayant trouvé l'un des noms les plus géniaux de l'histoire du rock, de ceux qui donnent juste ce qu'il faut d'indices sur leurs aspirations et ambitions artistiques, sans non plus les étaler vulgairement au grand jour ? Qui étaient les auteurs de ces chan-sons à la grâce diffuse, au charme suranné, aux mélodies entêtantes, un pied ancré dans le passé, le regard désespérément tourné vers le futur ? Leur origine, Austin, Texas, ne dévoilait rien du mystère. Leurs accointances, un peu plus. I Love You But I've Chosen Darkness est né de l'imagination de Christian Goyer et Jason McNeely, alors tous deux membres des très fréquentables Windsor For The Derby. Depuis, juste après l'enregistrement du premier Ep en fait, ce der-nier a préféré se concentrer sur son projet de toujours. Au chant et à la guitare, Goyer a quant à lui décidé de tout risquer dans cette nouvelle aventure. À ses côtés, ils sont quatre, pour la plupart échappés d'autres formations du coin. Il y a un batteur implacable, Timothy White, et un bassiste alerte, Edward Robert. Le guitariste Ernest Salaz, qui s'affaire également aux claviers, s'entend à mer-veille avec son alter ego et dernier arrivé en date, Daniel Delfavero. Ensemble, sous la houlette du peu commode Paul Barker (éminence grise, entre autres, de Ministry), en prenant leur temps, en se montrant exigeants des sessions anté-rieures ont directement été fichues à la poubelle , ils se sont affairés à ce pre-mier album que l'on guettait inlassablement, toujours ébloui par cette poignée de chansons écoutées jusqu'à satiété depuis trois (longues) années, mais tenaillé par une peur tenace de ne jamais le voir arriver. Les fols espoirs placés dans ce disque si souvent fantasmé auraient pu engendrer l'une de ces désillusions dont on peine à se remettre. Mais le suspense ne va pas durer bien longtemps. Car on devine que Fear Is On Our Side sera conforme et même un peu plus que cela à nos désirs dès les premiers arpèges et le subreptice larsen de l'intro d'un The Ghost qui ne tarde pas à prendre rendez-vous avec l'éternité. On se rend compte alors que le quintette a choisi d'étoffer ses textures sonores. Qu'il ne rechigne pas à plonger en apnée dans un océan baigné d'une lumière bleutée. Qu'il aime à se draper dans un clair-obscur apaisant. Contrairement au titre qu'il a choisi, ILYBICD donne tout au long de ces douze chansons l'impression de jouer sans aucune appréhension, ni de la concurrence, ni des comparaisons. Il a métamorphosé According To Plan, un titre présent sur son second maxi dans une version ouvertement plus électronique et neurasthénique, en impi-toyable machine de guerre, ruinant en quelques secondes tous les efforts consentis par Interpol pour retrouver cette part de mystère si chère à certains groupes des années 80. Toutes guitares dehors, magnifié par une voix trou-blante, Lights procure l'ivresse d'un romantisme exacerbé alors que We Choose Faces se déploie avec une majesté à laquelle seuls les Doves nous avaient habitués récemment. Entre moments d'apaisement (Long Walk) et voyages au bout de l'... Inferno (At Last Is All), paysages crépusculaires (Last Ride Together) et rengaines entêtantes (If It Was Me), le groupe surfe avec une sobre élégance sur une new wave qu'on souhaite ne plus jamais voir se briser. Il ne reste plus main-tenant qu'à prier. Pour que Christian Goyer et ses compagnons préfèrent encore longtemps l'obscurité à leur bien-aimée.
CHRISTOPHE BASTERRA
article extrait de :
MAGIC RPM #98
Commentaires
Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :