Pendant longtemps, et pour beaucoup, Hope Sandoval n'a été qu'une icône et un fantasme. Pas facile en effet d'échapper à son destin lorsqu'on a été la chanteuse d'un groupe culte, qui plus est emmené par David Roback, génie avéré, cinglé notoire mais aussi et surtout amant et mentor obsessionnel et jaloux qui n'aura de cesse de faire de son groupe, Mazzy Star, le plus bel écrin qui soit pour son aimée. Pas facile ensuite d'échapper, placé sur un tel piédestal, à une plastique parfaite, à ce visage d'ange, à cette grâce sur-naturelle. Mais surtout à cette voix. Une voix qui damnerait un saint ou réveillerait un mort, cette voix de femme-enfant qui caresse et empoigne, qui charme et enjôle, vénéneuse et aérienne. Pas étonnant donc qu'il ait fallu attendre un peu plus de cinq ans pour voir Hope Sandoval s'affranchir et voler de ses propres ailes. Mais cela valait manifestment la peine d'attendre. Bavarian Fruit Bread enregistré avec l'aide de l'ex-My Bloody Valentine Colm O'Ciosoig sous la bénédiction du légendaire artiste folk Bert Jansch (qui participe à deux titres) est une merveille de calme et volupté. En ouvrant cette collection par une relecture de Drop, un morceau composé par William Reid, Hope Sandoval donne tout de suite le ton du disque, introspectif et personnel, et n'hésite pas à se placer sous la protection de ses glorieuses aînées, Dusty Springfield ou Nancy Sinatra en tête. Bien sûr, le nouvel univers de la petite Américaine n'est pas si éloigné de celui de Mazzy Star. Mais sans Roback et ses délires lysergiques, Hope Sandoval a gagné en simplicité (l'acoustique prédomine), s'est débarrassée du décorum typiquement californien (limite hippie) sans perdre de son mystère, de son aura, si fascinants. En douze titres tous plus magiques, la petite Américaine donne donc un magistral aperçu de son immense talent d'auteur-compositeur-interprète. Icône, fantasme et maintenant artiste à part entière. Mais qui en doutait ?