On n'a jamais vu et encore moins entendu ça. Le hip hop pris dans la tourbe, trempé jusqu'à l'os et les pieds englués dans la plus belle boue sonore qu'on écoutera cet hiver. Fricotant depuis longtemps avec les franges les plus affranchies de l'electronica (The Third Eye Foundation ou les projets parallèles Downpour et Remote Viewer), Hood a cru bon d'inviter une partie de la clique Anticon (les rappeurs de Clouddead, plus précisément) pour un résultat qui, s'il surprend à la première écoute, n'en reste pas moins diaboliquement magnifique. Continuant sur des visées artistiques déjà admirablement engagées sur The Cycle Of Days And Seasons, Hood parvient à nous emmener encore plus loin dans la mélancolie en poursuivant la démarche de groupes aussi influents que Disco Inferno, Bark Psychosis ou Talk Talk. Ce folk électronique et sacrément touchant vient d'une tradition anglaise, qui irait de Nick Drake à Aphex Twin en passant par la new-wave la plus digne et le dub le plus froid. Mais la manière dont Hood tourne à son avantage cet enchevêtrement d'influences et de feuilles mortes est assurément la marque d'un très grand groupe. Il y a chez eux assez de désespoir pour se morfondre des années entières, passer encore quelques hivers au froid. Cette ruralité triste et intemporelle que les citadins qui ne supportent pas durablement la campagne sans pourtant pouvoir s'en passer comprendront. Il y a chez les frères Adams cette faculté peu commune et très fragile de pouvoir faire passer l'auditeur du Moyen-Âge au XXIe siècle en l'espace d'un morceau. Chapeau bas.