Délestez ce disque de sa frénésie ambiante et il n’en restera presque
plus rien. Holyfuck aligne les salves instrumentales comme autant de balles à
blanc tirées sur un ennemi déjà vainqueur. Avec énergie et précision, certes,
mais de manière vaine. Sorte de Ratatat court sur pattes, plus friande
d’électronique et de synthés que de guitares héroïques, la formation de
Toronto, pourtant épaulée à la production par Dave Newfeld (des omniprésents
Broken Social Scene), ne parvient décidemment pas à retranscrire sur bandes la
passion qu’elle sait déclencher à ciel ouvert. Emplis de claviers lo-fi, de
bleeps heurtés, de lignes de basse à réaction et de roulements de tambours
incessants, les neufs titres de ce deuxième album se partagent entre
incantations transpiratoires (The Pulse, hymne gribouillé par des
Chemical Brothers en pleine descente), electro-krautrock (Milk Shake,
qui transforme !!! en points d’interrogation) et envolées sous speed (la
bourrade en roue libre Safari).
Trop attendu (Lovely Allen, au
crescendo aussi prévisible que la tombée de la nuit) ou trop futile, pas assez
court pour faire office d’uppercut, pas assez long pour faire œuvre de
traversée héroïque, Lpa beau synthétiser quelques décennies d’alliance
entre électronique et instrumentation organique, on a l’impression d’y entendre
des musiciens avisés n’ayant pas pris soin d’aiguiser correctement leur
potentiel. Tels des rugbymen morts de faim qui aligneraient les temps de jeu
sans jamais parvenir à dépasser la ligne d’euphorie. Ou plutôt si, deux fois en
fait (sur la protubérante machinerie technoïde Echo Sam, et sur Super
Inuit). Placé en ouverture, ce titre est à la fois le plus impressionnant
et le seul enregistré en concert. Une coïncidence qui incitera peut-être
Holyfuck à ajouter à son prochain Lp, l’épithète Live.